Pour une enfance heureuse

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Dans la catégorie Lectures Parentalité positive, il y a l’incontournable Isabelle Filliozat dont j’ai parlé notamment dans mon billet « J’ai tout essayé », la pionnière Alice Miller et son « C’est pour ton bien »… je vous propose aujourd’hui de vous pencher sur un ouvrage du Dr Catherine Gueguen : « Pour une enfance heureuse – Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau ».

À la différence d’autres ouvrages sur le sujet, celui-ci prend le temps d’expliquer le fondement scientifique des comportements préconisés par rapport aux enfants. Catherine Gueguen vulgarise les dernières découvertes sur le cerveau et en particulier le cerveau de l’enfant : le cerveau en développement.

Voici la Table des matières pour vous donner un aperçu du contenu du livre :

  1. La relation adulte-enfant
  2. Le cerveau de l’enfant, un cerveau encore immature
  3. Cerveau, affectivité et vie relationnelle chez l’enfant
  4. Cerveau et stress chez l’enfant
  5. Neurones fuseaux et neurones miroirs chez l’enfant
  6. Les molécules du bien-être et de la vie relationnelle
  7. Le goût de vivre
  8. La violence éducative ordinaire
  9. Être parent
Le cerveau, cet organe si particulier

Vous verrez détaillés, au début de ce livre très documenté, le rôle de chaque partie du cerveau et la façon dont le développement de chacune de ces parties peut être affectée par les événements vécus durant l’enfance (stress répété, abandon, conflits parentaux, affection et soutien…).
J’ai trouvé cette partie très intéressante, moi qui aime les sciences, qui aime comprendre le pourquoi du comment… Le cerveau est expliqué de façon abordable par tou.te.s en décortiquant tout de même le rôle et le fonctionnement de nombre de ses parties : cortex préfrontal, amygdale, hippocampe, hypothalamus, insula, noyau accumbens, cervelet, corps calleux… On comprend ainsi comment interagissent ces zones au quotidien que ce soit pour gérer les émotions, pour apprendre, pour mémoriser, etc. On apprend également comment ces zones peuvent être endommagées selon l’environnement socio-affectif de la personne et surtout de l’enfant dont le cerveau est encore en construction, en maturation.

Les premières années de la vie sont déterminantes

La privation affective et la maltraitance des enfants durant certaines périodes de leur développement peuvent avoir des répercussions irréversibles sur l’équilibre affectif à l’âge adulte.
Les périodes de grande fragilité commencent dès la vie intra-utérine durant laquelle les stress importants vécus par la mère peuvent retentir sur le développement de l’enfant. Puis les premières années de la vie sont considérés comme particulièrement sensible pour les voies neuronales impliquées dans la formation des liens socio-affectifs. Si l’enfant vit des expériences négatives répétées durant cette période, il pourra avoir un équilibre affectif fragile pour tout le reste de sa vie et être sujet à de nombreux troubles du comportement : difficultés de concentration avec agitation (syndrome d’hyperactivité ou ADHD […]), anxiété, agressivité, conduite antisociale.
Beaucoup de recherches récentes montrent que la façon dont on traite les enfants lors des premières années de leur vie a des répercussions profondes à l’âge adulte, car les conséquences de la diffusion de ces molécules réactives au stress peuvent persister la vie entière, entraînant de sérieuses perturbations de la régulation des émotions et de l’attention.
Parfois les conséquences d’un stress survenu dans la petite enfance n’apparaissent pas chez l’enfant mais vont se révéler tardivement, à l’adolescence ou chez le jeune adulte. (p171-172)

L’auteure décrit également le rôle de molécules indispensables au bon équilibre cognitif et relationnel chez l’Humain, comme l’ocytocine, les endorphines, la sérotonine, le cortisol…

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Le stress du quotidien

C. Gueguen parle du quotidien, du stress répété, de l’incompréhension parent/enfant : quel parent n’a pas vécu une journée-type où iel n’aura vu son enfant que peu de temps, lui aura demandé à maintes reprises de se dépêcher (de s’habiller, de manger, etc.), sera peut-être même entré en conflit avec lui, n’aura pas eu le temps de jouer ou de partager des moments de qualité, puis l’aura envoyé.e se coucher car « c’est l’heure » ? C’est la répétition de ces situations banales qui nuisent à la relation parent/enfant, parfois de façon durable, et qui peut faire naître tristesse, colère, manque de confiance… chez l’enfant.
Prendre conscience de ça, c’est faire le premier pas pour arranger la situation.

Les limites à donner à l’enfant

Voici ce que dit C. Gueguen à propos de ce fameux concept de « limites » :

Donner des limites n’est pas le cœur de l’éducation. On entend souvent : « Il faut bien qu’il apprenne la frustration, les limites », comme si c’était l’essentiel. La vie quotidienne est remplie de frustrations, il est inutile d’en ajouter délibérément. Élever un enfant, c’est avant tout lui transmettre nos propres valeurs. Si la transmission repose principalement sur les limites, en oubliant l’autre côté de la vie qui donne place à la joie de vivre, à la part de créativité, d’inventivité de la nature humaine, on en fera des être « limités », tristes, leur curiosité naturelle pour le monde aura été éteinte par les adultes.

Que souhaitons-nous transmettre à nos enfants ?

Elle est là la vraie question ! Souhaitons-nous les dresser ou les élever (au sens premier du terme) ? N’oublions pas que nous sommes leurs modèles.

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Questionner les contes et comptines traditionnels

C’est quelque chose qui m’a interpellée quand ma fille avait environ 2 ans et demi, je crois. Tout le monde autour d’elle voulait lui raconter les vieux contes, lui faire peur avec le « grand méchant loup » et lui chanter des comptines que je (re)découvrais bêtes et cruelles.
Pourquoi lui faire peur et la faire pleurer ? Pourquoi décrire le loup comme un monstre dévoreur d’enfant (ah le chantage par la menace, ça fait obéir les enfants dans certains foyers… oui par la menace de se faire bouffer !) ? Pourquoi on tolère de raconter sans remettre en question des histoires et chansons maintenant bien vieilles (et inadaptées), dont les doubles sens échappent à nombre d’adultes, et dont le texte évoque parfois une violence explicite (« alouette, je te plumerai », la « bergère » qui tue le p’tit chaton, la mise à mort d’un cerf pour sauver Blanche-Neige…) ?

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Et encore le sujet de la violence éducative ordinaire

L’auteure souligne que même si le sujet n’est pas pris au sérieux et qu’on nous répond sans cesse « je n’en suis pas mort.e », la fessée et les autres formes de violence éducative ordinaire sont à proscrire car leurs répercussions sont bien réelles.
Toutes les études indiquent que plus l’enfant est soumis à ces violences (dont il n’a aucun moyen de se soustraire, rappelons-le), plus il risque d’être instable psychologiquement et agressif envers les autres et/ou lui-même.

La confusion « te faire du mal pour ton bien » est également évoquée :

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La fin de cette page (et les suivantes) aborde le problème du conflit de loyauté avec nos propres parents : on n’arrive pas à remettre en cause les méthodes qu’ils ont appliquées. Parce que ce serait ressenti comme se retourner contre eux, ce serait également dire qu’on aurait pu être « mieux » (« mieux traité.e », « mieux dans sa vie d’enfant et d’adulte », etc.) et enfin parce qu’on ne sait simplement pas faire autrement puisqu’on n’a jamais eu d’autre modèle.

La peur de l’ « Enfant Roi »

J’ai trouvé ce passage très intéressant. Ou l’art de remettre les points sur les i.IMG_20160121_132809278

Une violence profondément enracinée au fil des siècles

Catherine Gueguen explique brièvement le rôle des religions, puis des théories de Sigmund Freud dans cette inversion des rôles qui rend les enfants mauvais par nature et responsables de tout aux yeux de leurs parents.
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S’il est souvent question de contrôle des individus lorsqu’on parle religion, Freud a eu lui aussi des raisons bien particulières de changer ses théories sur le sujet pour celles que l’on connait malheureusement aujourd’hui.

La confiance et l’amour inconditionnel

Aimer, encourager et laisser de la liberté à son enfant lui permet de prendre confiance en lui, de développer une bonne estime de lui-même et d’acquérir une stabilité émotionnelle et des compétences relationnelles.
Au contraire, le dénigrement, la suspicion, les étiquettes qu’on colle à nos enfants les enferment dans un cercle vicieux où ils se sentiront dévalorisés, incapables, isolés…

Les droits des enfants font partie des Droits Humains !

Il est temps de regarder la vérité en face : nos connaissances actuelles confirment que les enfants ont besoin d’autant, voire plus, d’affection et de respect que les adultes en raison de leur vulnérabilité et de leur immaturité physique et neurologique.
Repensons nos méthodes éducatives et inscrivons dans la Loi le droit à l’intégrité physique et à la dignité des enfants !
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Pour terminer, C. Gueguen évoque les répercussions négatives de la maltraitance (plus ou moins poussée) des enfants pour la Société :

C’est un coût très important pour la personne elle-même car elle souffre et ne s’épanouit pas, mais c’est un coût également pour toute la société qui prend en charge ses difficultés physiques et psychologiques parfois très importantes, ses difficultés d’apprentissage et ses troubles du comportement qui peuvent se traduire par des conduites d’agression, de délinquance.


 

Je ne peux que conseiller ce livre si comme moi vous souhaitez progresser dans la relation que vous entretenez avec votre enfant, dans l’éducation que vous lui donnez.
De par sa forme, « Pour une enfance heureuse » de C. Gueguen me semble complémentaire d’ouvrages comme « J’ai tout essayé » ou « Il me cherche » d’I. Filliozat.
Catherine Gueguen nous fournit un outil précieux de compréhension des capacités de l’enfant selon son âge et des grands principes de parentalité positive. Les 2 livres sus-mentionnés d’Isabelle Filliozat sont une excellente manière de continuer à explorer le sujet en mettant en pratique des conseils précis explicités par des exemples concrets mis en images.

Bonne lecture !

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