Qu’est-ce qui définit une salope ? Il semble que la seule règle, c’est d’être une femme

Article paru sur The Guardian du 23/06/2014.
Texte de Jessica Valenti.
Traduction Peuvent-ils souffrir ?

Qu’est-ce qui définit une salope ? Il semble que la seule règle, c’est d’être une femme.
C’est un avertissement plus qu’un mot : un rappel aux femmes pour qu’elles adhèrent aux normes sexuelles sous peine d’être punies.

Slut Walk Boston

Être traitée de trainée n’est parfois qu’une façon de justifier le comportement d’autres personnes. 
Photographie : Josh Reynolds / AP

 

L’avocate féministe Sandra Fluke l’a entendu lorsqu’elle a parlé de faire rembourser la contraception. Sara Brown de Boston m’a dit qu’elle avait été appelée comme ça pour la première fois à une fête autour d’une piscine en CM2 parce qu’elle portait un bikini. Courtney Caldwell de Dallas a dit qu’elle avait été qualifiée ainsi après avoir été agressée sexuellement  alors qu’elle était en classe de troisième.

Beaucoup de femmes que j’ai interrogées ont même dit que c’est le fait de ne pas avoir de relations sexuelles qui avait incité un jeune homme a lancer des rumeurs disant qu’elles en étaient.

Et c’est ce qui est le plus déconcertant au sujet du mot « salope » : c’est probablement l’insulte contre les femmes la plus omniprésente, et pourtant elle est presque impossible à définir.

S’il y a une chose que nous savons à propos du mot « salope », c’est que c’est la dernière chose qu’une femme devrait vouloir être. La société se préoccupe tellement du risque de promiscuité sexuelle des femmes et des filles que nous créons des codes vestimentaires, des programmes scolaires pour promouvoir l’abstinence,et même des lois autour de la protection de la supposée pureté des femmes. Les chroniqueurs politiques conservateurs pensent que le fait que les femmes aient des rapports sexuels équivaut à une « crise de santé mentale », et les magazines se demandent si nous élevons une génération de « petites putes ».

Leora Tanenbaum, l’auteure de SLUT! Growing Up Female with a Bad Reputation, m’a dit qu’ « une « salope » est une fille ou une femme qui dévie des normes de féminité. La « salope » n’est pas forcément sexuellement active, c’est juste qu’elle ne suit pas le script prévu pour son genre. »

Le caractère si nébuleux et non mesurable de cette insulte est ce qui la rend si éprouvante : il n’y a aucun moyen de réfuter quelque chose qui n’a pas de définition claire à la base. Et parce qu’il vise plus à définir une identité qu’à poser une étiquette, c’est un terme dont il n’est pas facile de se débarrasser. « Salope » colle à une personne d’une façon totalement étrangère au concept de « connard ».

Alors, qu’est-ce qui définit une salope ? Il semble que la seule règle stricte, c’est d’être une femme.

Les hommes, bien sûr, sont immunisés – absents, vraiment – contre la frénésie de cette préoccupation. Par exemple, une nouvelle étude de l’University of Michigan a montré que des adolescentes qui envoient des « sextos » sont traitées de salopes alors que les garçons qui font la même chose ne sont aucunement jugés. Dans un autre exemple, l’American Medical Association qui a publié une étude en 2006 avec pour titre « Sex and Intoxication More Common Among Women on Spring Break » (« Sexe et intoxication plus fréquents chez les femmes pendant le Spring Break »), avait l’intention d’avertir les femmes à propos de leurs comportements « risqués » pendant le break – mais il n’y avait rien à propos des hommes avec lesquels la majorité de ces jeunes femmes étaient supposées avoir des rapports sexuels en état d’ébriété.

Comme toujours, les femmes sont des salopes et les hommes sont, et bien, des hommes..

Pour celles qui n’ont pas eu le plaisir d’être traitées de trainées, il peut être difficile de comprendre la profondeur de l’impact que cela peut avoir. Même si c’est un concept erroné, la valeur et la moralité attribuée aux femmes sont étroitement liées à leur sexualité. Donc « salope » (ou n’importe laquelle de ses variations) est une accusation cachant un jeu de pouvoir.

Lorsque plusieurs agresseurs se sont filmés en train de violer brutalement une adolescente inconsciente en Californie, par exemple – en faisant des pauses pour faire des petites danses et trouver de nouveaux objets avec lesquels pénétrer la jeune femme – le premier procès n’a pas pu aboutir à un verdict car la défense a argumenté en disant qu’elle avait des moeurs légères. « Elle a obtenu ce qu’elle voulait », a affirmé un avocat. Un autre a demandé au jury : « Pourquoi son vagin et son anus étaient-ils complètement rasés ? Le sexe ! C’est une personne très active sexuellement ! »

L’accusation n’a pas besoin d’être aussi explicite pour avoir un véritable pouvoir. Cherice Moralez (violée par son professeur de 49 ans alors qu’elle n’en avait que 14) a été décrite comme « plus âgée que son âge chronologique » par le juge lors du procès. Une façon plus diplomatique de dire qu’elle a eu ce qu’elle méritait. Son agresseur a écopé de 30 jours de prison. Plus tard, Moralez a mis fin à ces jours.

Plusieurs filles se sont suicidées quelques temps après avoir été victimes de « slut-shaming ». Ce qui indique que l’insulte ne semble pas perdre de son pouvoir de destruction des personnes avec le temps.

L. Tanenbaum, dont le prochain livre est I Am Not a Slut: Slut-Shaming in the Age of the Internet, a affirmé que beaucoup de filles qu’elle a interviewé « s’étaient intentionnellement approprié l’étiquette de « salope » comme une distinction honorifique pour communiquer leur prise de pouvoir au niveau sexuel. »

Mais, elle ajoute, « elles ont fini par perdre le contrôle de cette étiquette lorsque leurs pairs l’ont retournée contre elles ».

Des efforts plus larges pour « reprendre possession » de ce mot (via des marches comme les SlutWalks, par exemple) ont largement échoué. Tandis que les protestations anti-viol qui ont eu lieu aux États-Unis  il y a quelques années étaient populaires en termes de participation et de couverture médiatique, et que j’en étais une supportrice de la première heure, de nombreuses femmes pressentaient que le mot « salope » était irrécupérable – en particulier les femmes de couleur, pour qui les stéréotypes racistes sur leur supposée sexualité débridée de façon innée a toujours représenté un danger particulier.

L’idée de  « salope » blesse les femmes au niveau politique également. Un contraceptif sûr et un vaccin contre le cancer ont été mis de côté pendant des années à cause de la peur que cela rendrait les femmes « plus salopes », et des législateurs et militants anti-IVG insistent sur le fait que les médecins pratiquant l’avortement se font de l’argent sur les moeurs sexuelles légères. Et ils utilisent cette accusation comme une manière de s’opposer au financement de fournisseurs de soins de santé critiques comme le Planning familial.

Alors, qu’est-ce qu’une « salope » ? C’est n’importe laquelle d’entre nous et c’est nous toutes. En particulier celles d’entre nous qui franchissent la ligne de façon réelle ou imaginaire. Cela a peu à voir avec le nombre de partenaires sexuels qu’on a eu ou avec notre façon de nous habiller ou de flirter, ou avec le fait de prendre un moyen de contraception ou non.

C’est un avertissement plus qu’un mot : un rappel aux femmes pour qu’elles adhèrent aux standards stricts de la féminité et de la sexualité choisis pour nous, sous peine d’être punie en conséquence. Et de cette manière, la véritable signification du mot « salope » est terriblement claire.

 

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12 commentaires

  1. « Beaucoup de femmes que j’ai interrogées ont même dit que c’est le fait de ne pas avoir de relations sexuelles qui avait incité un jeune homme a lancer des rumeurs disant qu’elles en étaient. »
    Une année, dans une classe d’enfants de 11-12 ans, l’insulte utilisée par les garçons était « salope ». Gros malaise d’une des filles qui était particulièrement visée.
    Je me suis adressée à elle (et à toute la classe) en disant que l’autre imbécile avait raison en disant que c’était une salope, mais qu’il ne savait pas ce que voulait dire le mot salope et j’ai donné ma définition: « une salope, c’est une fille dont on pense qu’elle dit oui à tout le monde et qui nous a dit non » en complétant « J’ignore si tu dis oui ou non et c’est ton choix qui ne regarde que toi, par contre, je sais que tu as dit non à l’autre imbécile ». J’ai vu un grand sourire sur le visage de la jeune fille, le garçon virer au rouge, la classe rire (de l’insulteur)… et plus jamais je n’ai entendu cette insulte pour les 6 mois suivant de l’année.

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  2. Dans une société patriarcale, ce sont les hommes qui dictent les normes et malheur à celles qui veulent s’écarter du droit chemin et agir à leur guise ! toutes sortes d’insultes, de préjugés et de mises au placard les attendent !

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  3. être une salope, c’est être ce qu’ils ne seront jamais « une femme »; c’est a dire une personne qui a le choix (ou devrais l’avoir) de dire oui ou non, c’est celle qui a le pouvoir de « procréer » et de plus, de prendre son pied; bref une salope….

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  4. Moi je défendrai les femmes qui se font insulté de salope et se font obligé de devenir une pute parce qu’elles sont rien demander c’est de l’injustice qu’au jourd’huit personne vient a leurs secours je ne trouve pas ça normale notre gouvernement et les présidents n’ont rien à foudre ce qu’il veulent c’est de l’argent et c’est honteux de leurs part.

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