IS ~ ni homme ni femme ?

Intersexe

Voyage au Japon imminent oblige (ou pas), l’envie m’a repris de regarder quelques Drama pour me réhabituer l’oreille. Les Drama sont ces séries japonaises aux thèmes plus ou moins variés, aux codes et à l’humour souvent étonnants pour un-e occidental-e lambda, aux rôles quelque peu surjoués… S’ils sont de qualité inégale, il y en a parfois qui sont vraiment touchants et poussent à la réflexion.

Cette petite digression d’entrée de jeu pour vous dire que j’ai regardé le Drama intitulé IS~男でも女でもない性~ (IS – Otoko demo onna demo nai sei -). En français, « IS (pour intersexuation) – de sexe ni masculin, ni féminin ». Cette série est une adaptation d’un manga du même nom de Chiyo Rokuhana.

Je suis une femme cis et je connais très (trop) peu tout ce qui touche aux personnes LGBTQI (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Queer, Intersexué-e-s) mais je souhaite vraiment en savoir plus au lieu de continuer à vivre comme s’il n’y avait rien d’autre que les cis hétéro dans ce monde. Si une personne remarque des inexactitudes/erreurs dans ce billet, merci de me le signaler et je corrigerai de suite.

L’intersexuation rarement sous les projecteurs

Le synopsis de  IS~男でも女でもない性~est le suivant :

Hoshino Haru est né intersexué, ce qui signifie qu’il/elle possède des caractéristiques féminines et masculines sans que son genre ne soit déterminé. Ses parents, Yoko et Taro, après une grande confusion et beaucoup de détresse, rejettent l’opération chirurgicale qui leur était proposée. Celle-ci avait pour but de donner à l’enfant le sexe qu’ils auraient choisi afin que personne ne se rende compte de rien. Ils décident de lui laisser faire ce choix lorsqu’Haru aura grandi…

Étant intéressé par des jeux de garçon, Haru passera son enfance comme tel. À l’adolescence, son corps commence cependant à changer et à prendre une apparence féminine. Afin de suivre le cursus spécifique d’un lycée pour devenir pâtissier (comme son père), Haru est alors obligée d’intégrer l’école en tant que fille. Haru doit dès lors modifier sa façon d’être et de parler. (source Nautiljon)

Comme je l’ai précisé, je ne saurais dire si ce Drama respecte totalement le vécu et le ressenti de personne intersexuées. De mon modeste point de vue, je l’ai trouvé vraiment intéressant et poignant.
On découvre quelque chose qui est inconnu pour ne pas dire ignoré par la grande majorité des gens. C’est le tabou lié au sexe mais aussi au genre qui est poussé à l’extrême.

La série commence par un premier épisode avec beaucoup de flash-backs relatant la naissance de Haru et la découverte de son intersexuation. J’ai vraiment apprécié ce retour sur le vécu des parents à ce moment-là : surprise, incompréhension, désarroi, pensées suicidaires, sentiment de culpabilité… pour arriver à l’acceptation et au soutien inconditionnel de leur enfant. On voit aussi brièvement l’enfance de Haru entre genre féminin et genre masculin, ainsi que sa douleur quand il apprend sa différence.

Par la suite, on suit donc le parcours de Haru, mais aussi de Miwako, une élève rencontrée dans l’école de pâtisserie qui s’avérera également intersexuée (elle est entrée dans cette école dans le but de faire enfin la connaissance d’une autre personne intersexuée).
Miwako est dans une situation totalement différente de Haru. Sa situation familiale est plus que tendue et sa mère est dans le déni total face à l’intersexuation de sa fille, ce qui provoquera même des scènes de violence verbale et physique vraiment dures (j’ai envie de dire trigger warning). Concernant son corps et sa façon de se considérer, Miwako suit également un autre chemin que celui emprunté par Haru.

Il n’y a donc pas une grosse case « personnes intersexuées » laissant supposer qu’elles sortent toutes d’un même moule. Ces deux personnages ont chacun leur caractère propre et leur type d’intersexuation diffère également.

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Haru, joué par Fukuda Saki

C’est en cela que la série réussit bien à mon avis à sensibiliser sur le sujet.
On y trouve :

  • une mise en lumière des sentiments contrastés des différentes personnes liées de près ou de loin à l’intersexuation ;
  • une prise en compte des différentes situations et des différents types d’intersexuation ;
  • une mise en avant de l’importance du soutien familial, de l’entourage en général, voire d’associations ;
  • une sensibilisation à l’importance du choix personnel quant aux traitements hormonaux ou aux interventions chirurgicales proposées mais non obligatoires ;
  • une volonté d’informer les spectateurs (des messages écrits apparaissent à chaque épisode).

Par le biais du thème de l’intersexuation, on aborde aussi les problématiques liées :

  • au genre (on est considéré-e – à tort – de sexe féminin ou de sexe masculin selon des vêtements, des attitudes, des traits de personnalité),
  • à la fertilité (la mère de Miwako n’imagine pas qu’on puisse être heureuse ou être une « vraie femme » sans avoir d’enfant, or Miwako ne peut pas en avoir),
  • à l’orientation sexuelle… (il y a malheureusement parfois confusion entre genre et orientation sexuelle dans le drama car Haru est automatiquement décrit-e comme se rapprochant plus de ce qu’est une femme dès lors qu’iel commence à éprouver des sentiments pour son ami masculin, Kenji.).

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Haru pas encore habitué à vivre « en tant que fille » s’assoit les jambes écartées dans le bus… 

 

Ce qui ressort, c’est que comme souvent le plus dur à vivre n’est pas forcément la situation en elle-même, mais surtout le rejet des autres.
Dans la série, Haru finit par révéler à tout le monde son intersexuation car iel souhaite vivre de façon intègre et libre. Les réactions ne sont pas toutes favorables comme on peut le deviner. Je ne sais pas dans quelle mesure, c’est quelque chose d’imaginable dans la société. Quand je pense que les homosexuel-le-s ont toujours assez peur de simplement se promener dans la rue main dans la main, je n’ose imaginer ce que risquent les personnes trans et intersexuées.
L’an dernier j’avais regardé avec beaucoup d’intérêt le documentaire de Phoebe Hart « Orchids, My Intersex Adventure » (qui n’est plus disponible en replay en français mais trouvable en anglais sur le Net). Cette Australienne apporte un témoignage fort sur sa vie (ainsi que celle de sa soeur, intersexuée elle aussi) et c’est grâce à elle que j’ai pris connaissance de l’intersexuation.

L’intersexuation concrètement

L’intersexuation ou ambiguïté sexuelle, parfois qualifiée d’intersexualité, est l’état d’un être humain (ou d’un animal) dont les organes génitaux sont difficiles ou impossibles à définir comme mâles ou comme femelles selon les standards habituels.

Cette ambiguïté anatomique résulte de différences chromosomiques ou hormonales, qui se manifestent à divers degrés sur le plan physique. (Source Wikipédia)

Autrefois appelé (entre autres) « hermaphrodisme » ou désigné comme des « troubles du développement sexuel », ce qu’on appelle désormais l’intersexuation recoupe un éventail de réalités différentes. Certaines personnes ont des gonades à la fois mâles et femelles, d’autres peuvent par exemple avoir un aspect physique extérieur totalement féminin mais ne pas avoir d’utérus, enfin certains bébés naissent avec des organes génitaux externes dont les formes et dimensions semblent être intermédiaires entre celles des organes féminins et des organes masculin.  Parfois l’intersexuation n’est détectée qu’après de nombreuses années.

On estime actuellement qu’au sein de la population humaine, entre 1 personne sur 1000 et 1 personne sur 4000 est intersexuée. Ce qui me parait un pourcentage franchement élevé pour un phénomène aussi peu connu. J’ai vraiment été étonnée de découvrir ces statistiques (citées dans IS~男でも女でもない性~). Les associations de personnes intersexuées font en outre des estimations beaucoup plus hautes.

Un troisième genre ?

La binarité du sexe biologique est remise en question. Comment considérer l’intersexuation : comme une anomalie ou comme de la diversité ?

Le droit des enfants à ne pas subir d’opérations avant d’être en âge de comprendre et de décider par et pour eux-mêmes commence tout juste à être respecté. L’assignation obligatoire (précoce ou non) à une identité sexuelle au niveau administratif est également rejetée pour des raisons évidentes.
Les associations se battent également pour que les populations soient informées de l’existence de l’intersexuation, notamment les futurs parents. Ce qui pourrait en effet éviter bien des drames.
Depuis 2013, l’Allemagne autorise la déclaration indéterminé pour le sexe des nouveau-nés à l’état-civil. Le début d’une série ?

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