Ma réponse à La Question

Aujourd’hui je vais commenter, pour ne pas dire répondre à un article intitulé Le caractère monstrueux de l’antispécisme. Tout un programme n’est-ce pas ?
Cet article est publié sur le site religieux La Question, qui se définit ainsi :

« La Question » est un collectif, ou plus exactement une « société spirituelle » constituée autour d’un projet religieux,  vouée à la défense de la Tradition et des vérités de la sainte religion chrétienne

Que les choses soient claires, je n’ai pas l’intention d’ « attaquer » une ou des religions. Simplement cet article précis étant un ramassis de contre-vérités, je ne résiste pas à l’envie de rétablir des vérités.

Ca commence fort avec le titre du billet « Antispécisme : le visage monstrueux de la cause animale ! ou les aspects cachés d’une théorie scandaleuse ». On est clairement dans une accusation avec un certain sens de la mise en scène dramatique, et cela va se vérifier tout au long de l’article par la terminologie employée pour qualifier toute idée ou action antispéciste avec un mépris non dissimulé.

Je ne sais même pas par où commencer tant il y aurait à dire sur chaque phrase. Je vais essayer de condenser tout ça.

Le premier élément qui semble horrifier les membres de La Question est le fait que les antispécistes refusent une hiérarchisation des espèces, ce qui revient selon La Question à désacraliser l’humain et à le mettre en danger.
Le désacraliser, sans aucun doute, car l’antispécisme n’étant pas un courant religieux, le sacré n’a rien à voir avec le raisonnement et le combat des antispécistes. Faire en sorte que le piédestal sur lequel l’humain se positionne lui-même ne lui confère plus le droit arbitraire de maltraiter autrui, le plus faible, les animaux… c’est effectivement une composante essentielle de l’antispécisme. Le but n’est pas de rabaisser l’humain (ce qui supposerait que l’on considère que les animaux sont des créatures méprisables, or nous pensons justement le contraire), mais simplement de vivre en harmonie avec les autres espèces animales, ne pas faire le mal si ce n’est pas nécessaire… n’est-ce pas quelque chose qui devrait être approuvé par les chrétiens en général ? Que penser de St François d’Assise dans ce cas ?

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Tout de suite après, La Question présente les antispécistes comme de doux rêveurs, voire des illuminés qui souhaitent en quelque sorte abolir la mort et la souffrance. Décidément ils ne comprennent rien ces antispécistes, une telle chose n’est simplement pas possible !
L’auteur de l’article nous prouve encore qu’il ne connait pas bien le sujet ! Être antispéciste c’est simplement refuser la cruauté, en appliquant cette règle à toutes les espèces animales. Concrètement ne pas nuire sans bonne raison (au hasard la légitime défense). Encore plus concrètement, c’est ne pas battre son chien, ne pas apprécier la mise à mort d’une pauvre bête lors d’une corrida… Cette mentalité est simplement étendue à toutes les espèces animales (pas seulement celles qui sont mignonnes, intelligentes ou domestiquées par exemple).
Oui, nous allons tous mourir un jour. Non, ce n’est pas une raison pour commettre un meurtre sur son voisin.

Non, les antispécistes ne visent pas particulièrement la « culture judéo-chrétienne », ni la religion de manière générale. Comme déja dit, l’antispécisme ne traite pas des religions, pas plus que de politique de droite ou de gauche. Il y a bien sûr des antispécistes/véganes croyants (chrétiens ou d’autre confessions).
Si les membres de La Question sont honnêtes, ils doivent reconnaître qu’il existe des injonctions contradictoires dans la Bible. En tout cas, les personnes qui prennent au pied de la lettre l’ensemble de la Bible doivent donc être bien embêtés lorsqu’il y a contradiction ou risque d’incompréhension. Que choisir de suivre ?
Étudions un peu le tout premier livre de la Bible, on y lit effectivement la citation reprise dans l’article de La Question :

[…] remplir la terre et la soumettre [Genèse 1, 28]

mais surtout

29 Et Dieu dit: Voici je vous ai donné toute herbe portant semence, qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre qui a en soi du fruit d’arbre portant semence; ce sera votre nourriture. 30 Et à tous les animaux des champs, et à tous les oiseaux des cieux, et à tout ce qui se meut sur la terre, qui a en soi une âme vivante, j’ai donné toute herbe verte pour nourriture; et cela fut ainsi. 31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voici, c’était très bon. Et il y eut un soir, et il y eut un matin; ce fut le sixième jour. [Genèse 1:29-31]

ainsi que :

3 Tout ce qui se meut et qui a vie, vous servira de nourriture; je vous donne tout cela comme l’herbe verte. 4 Seulement, vous ne mangerez point de chair avec son âme, c’est à dire son sang. [Genèse 9:3-4]

Relisez bien, selon la deuxième citation, Dieu aurait fait l’Humain végétarien et oui…
Plus loin dans la Bible on trouve ces passages :

Égorger un bœuf est comme tuer un homme [Ésaïe 66]

Puis au sujet des sacrifices d’animaux :

11 Qu’ai-je à faire, dit l’Éternel, de la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié d’holocaustes de béliers et de la graisse des veaux gras; je ne prends point plaisir au sang des taureaux, ni des agneaux, ni des boucs. 12 Quand vous venez vous présenter devant ma face, qui vous demande de fouler mes parvis? 13 Ne continuez plus d’apporter des offrandes vaines; j’ai en horreur le parfum, la nouvelle lune, le sabbat et l’assemblée; je ne puis souffrir ensemble le crime et les solennités. 14 Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; elles me sont à charge; je suis las de les supporter. 15 Quand vous étendez vos mains, je cache mes yeux de vous; quand vous multipliez les prières, je n’écoute point. Vos mains sont pleines de sang. 16 Lavez-vous, nettoyez-vous! Otez de devant mes yeux la malice de vos actions. [Ésaïe 1:11-16]

Je passe sur le fait que Dieu est supposé être Amour, Miséricorde et que l’un des 10 commandements est « Tu ne tueras point » sans spécifier si l’on ne parle que d’humains ou également de n’importe quel être vivant (pourquoi pas ?). Bien d’autres exemples de passages qui vont dans le sens du respect de la vie des animaux peuvent être trouvés ici ou ailleurs sur la Toile.

La Question trouve ensuite inquiétant que l’on ose comparer le spécisme, le racisme, le sexisme.
Ce sont pourtant bel et bien les mêmes mécanismes qui sont en jeu à chaque fois, seule l’identité des victimes change. Ce n’est pas en se voilant la face et en refusant d’analyser les problèmes que l’on va les résoudre.
« Les animaux du monde existent pour des raisons qui leur sont propres. Ils n’ont pas été faits pour les humains pas plus que les noirs ont été faits pour les blancs ou les femmes pour les hommes. » Alice Walker

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Un jour l’absurdité de la croyance presque universelle de l’homme dans l’esclavage des autres animaux sera palpable. Nous aurons alors découvert nos âmes et nous serons plus dignes de partager cette planète avec eux. ~ Martin Luther King

La deuxième partie de l’article accuse les personnes qui refusent l’exploitation et la cruauté envers les animaux de justifier « l’infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme ». Mais où vont-ils chercher tout ça ? Sérieusement ?
Critiquant le philosophe Peter Singer, ils sont outrés qu’on puisse dire que l’être humain est aussi un animal. C’est pourtant un fait, un fait scientifique. Messieurs-dames de La Question, que croyez-vous donc être ?
Ils utilisent ensuite les travaux de Peter Singer pour faire croire que les antispécistes seraient favorables à l’élimination des nourrissons de moins d’un mois, des  malades mentaux, des idiots, des handicapés et des fœtus. Je vais être honnête, je n’ai pas (encore) lu Peter Singer mais je peux répondre ceci : Ce n’est pas parce qu’on est antispéciste qu’on est forcément d’accord avec une autre personne qui se revendique antispéciste, même si elle est connue. Le raisonnement de Peter Singer ne fait pas l’unanimité (moi-même je n’aime pas certains points de son discours). Les comparaisons entre humains « diminués » physiquement ou mentalement et des animaux non-humains (oui j’ose l’écrire moi aussi) visent simplement à montrer l’absurdité arbitraire de nos pitoyables excuses pour continuer à maltraiter plus faible que nous sans remords (en montrant que les critères d’intelligence ou de conscience ne sont pas pertinents), ce n’est en rien une tentative de faire du mal à des catégories d’humains !

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Si votre Dieu avait voulu que nous mangions des animaux, pensez-vous vraiment qu’Il leur aurait donné la capacité de ressentir la douleur et la peur ?
Quel genre de personne sadique cela ferait-il de Lui ?

La troisième partie agite l’épouvantail de la disparition des espèces domestiquées.
Les animaux que l’on mange, les taureaux que l’on s’amuse à tuer lors des corridas pourraient-ils vivre dans un monde vegan ? Oui, si on le souhaite.
Ils pourraient vivre dans des sanctuaires pour certains, ils pourraient retourner à l’état sauvage (phénomène de marronage) pour d’autres.
Enfin ceux qui ne pourraient pas survivre seraient les produits d’un « eugénisme » aberrant voulu par l’humain dans le seul but de les exploiter. En clair, ces animaux non viables et effectivement déjà stériles ne pourraient pas se perpétuer en tant qu’espèces, mais quelle importance ? Ils n’auraient même jamais dû exister. Ce sont les races d’origine qui sont à sauver et qui sont capables de continuer à vivre. Perpétuer une race ou une espèce juste pour se donner bonne conscience mais en faisant payer le prix du sang et des larmes aux individus de cette race/espèce n’a aucun sens. Aucun sens moral en tout cas.

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La « révolte contre l’ordre naturel » évoquée dans la partie IV est encore une idée fantasmée et mensongère.
Il ne s’agit pas d’aller « contre-nature » puisque faire souffrir sans raison voire prendre plaisir à faire souffrir sans raison n’a rien de naturel, ni d’inhérent à l’espèce humaine ou à l’ordre des choses que ce soit du point de vue religieux ou scientifique. Arrêter de pratiquer la corrida, de porter des manteaux de fourrure ou de cuir ou de manger des animaux, ce n’est donc pas se révolter contre l’ordre naturel. Il n’y a rien de naturel dans ces pratiques qui sont au contraire culturelles.
Si l’on veut parler de nature, on peut parler du fait que l’anatomie humaine nous prédispose à être végétaliens (à tendance frugivore) avec une possibilité de se nourrir occasionnellement de chair animale si nécessaire (tout comme d’autres primates d’ailleurs). En aucun cas nous n’avons besoin de manger de la viande et plus généralement nous n’avons pas besoin de tuer pour vivre. Alors pourquoi le faire ?

Conclusion :

Voilà quelques éléments de réponse, mais je pourrais continuer encore… Si vous avez des questions supplémentaires ou que quelque chose n’est pas claire, j’y répondrai volontiers).

Je ne souhaite pas réellement me positionner sur ce qu’aurait dit Dieu ou pas, étant donné que je ne suis pas (plus) croyante. Mais il m’est impossible de ne pas montrer que même en suivant la logique religieuse, on n’arrive toujours pas aux conclusions de La Question car :

  1. la description qui est faite de l’antispécisme est fausse, mensongère
  2. l’opposition antispécisme/christianisme ne tient pas si l’on gratte un tant soit peu la surface.
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14 commentaires

  1. Merci pour ce brillant billet ! Je vais aller laisser un commentaire sur le site de la Question. Je suis la preuve que « l’opposition antispécisme/christianisme ne tient pas » vu que j’évite de consommer des produits animaux, que je condamne l’exploitation qui en est faite actuellement dans les élevages… et que je suis chrétienne. Au Noël dernier, j’avais envisagé d’écrire un article « Jésus était-il végétarien ? » En effet, je ne pense pas qu’un non-violent cautionnerait l’exploitation et les massacres d’animaux faits à l’heure actuelle. Je ne peux pas dire que je sois pratiquante et je connais très mal la Bible mais il me semble qu’il n’est jamais dit que Jésus mange de la viande. Il aide des pêcheurs à pêcher des poissons mais il n’est pas écrit qu’il les mange. Il nait rejeté de tous, entouré de ses parents, d’un âne et d’un boeuf qui le réchauffent. Jésus dérangeait à son époque notamment parce que la place qu’il accorda aux femmes était largement supérieure à ce qui était alors la coutume. Sa naissance n’est-elle pas non plus révolutionnaire en cela que le fils de Dieu né en présence d’animaux ? Ensuite, celui que l’on appelle l’agneau de Dieu est crucifié. Condamner le meurtre de Dieu, n’est-ce pas condamner le meurtre de l’agneau ? Dans le Notre Père, on dit : « Donne-nous aujourdhui’ notre pain de ce jour » et non pas « notre bifteack » 🙂

    J’aimerais savoir qui est l’auteur de l’article sur le site La Question (les tableau de l’article sont très beau mais le nom du site évoque l’inquisition). Dans leur « A propos », les bonnets de pénitents font peur et on peut lire qu’ils se déclarent partisans des écrits de Mgr Lefèvre. Ce sont donc des traditionnalistes (Mgr Lefèvre fut excommunié) qui ne sauraient représenter l’église catholique. On trouvera dans d’autres courants catholiques (par exemple Pax Christi) des courants exprimant bien davantage de compassion. D’ailleurs « Peuvent-ils souffrir ? » le fait fort bien en rappelant l’exemple donné par Saint François d’Assise.

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    • Très intéressant ce que tu dis.
      Je ne prétends pas non plus être experte du christianisme mais ma sensibilité d’ex-chrétienne me fait bondir quand je lis des articles tels que celui de La Question ! Je vois plutôt les choses comme toi.
      Pour moi, la figure du Christ représente un renouveau, car selon la Bible il a passé sa vie à remettre en cause toutes les injustices, défendues par des personnes se réclamant justement comme les plus fidèles à Dieu mais qui profitaient en réalité de la rigidité de leur dogme pour avoir du pouvoir sur les autres et les juger (voir les Pharisiens entre autres). C’est pour ça que son existence dérangeait et qu’il a été exécuté.
      Et je sais bien que les auteurs de l’article ne représentent pas le christianisme (qui est, comme toutes les religions je suppose, formé de plusieurs courants de pensée avec des interprétations différentes des textes).

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  2. Très juste, ce que tu dis sur ceux qui se réclament comme « experts » 🙂
    J’ai posté une réponse sur le site de La Question (non mais : quel nom !)
    J’avais oublié de te dire que j’adore l’image de ton en-tête. D’où vient-elle ?

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  3. En effet, c’est un chouette article qui pointe toute une tripotée d’incohérences et de faux arguments, mais qui le fait avec élégance et sans rentre-dedans gratuit. Et ça, c’est bien quelque chose que j’ai du mal à faire ! ^^ Bref, merci pour cet article éclairant !

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    • Merci 🙂
      C’est plus facile de canaliser ses pensées et d’éviter le rentre-dedans comme tu dis, dans un billet de blog que dans des commentaires/conversation cela dit (raison pour laquelle j’ai pas commenté ton article sur ton passage au végétarisme).

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  4. Etant moi-même plutôt calée en théologie, je ne peux qu’applaudir ton article qui rétablit la vérité ! Quand on lit la Bible, on se rend compte que Dieu est amour et qu’il a voulu que l’homme protège les animaux, sa création, et non les détruire comme il le fait actuellement. Tout dans la Bible montre que Dieu est porté sur le bien-être de TOUS les êtres vivants et de TOUTE la nature, si bien que quand on se dit Chrétien et qu’on ne respecte pas la vision de Dieu à ce propos, on est dans le faux… Les Chrétiens ont bien mauvaise presse ces derniers temps. S’ils lisaient mieux leur Bible ils comprendraient que Dieu est amour et Dieu veut que l’homme sème de l’amour partout où il passe, pour la gloire de Dieu le créateur. Merci.

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    • Merci Lili.
      On dirait que certains prennent un malin plaisir à déformer et instrumentaliser les textes. C’est pour ça que même quand j’étais croyante, je n’aimais pas l’idée d’intermédiaires (typique dans le catholicisme par exemple).
      Quoi qu’il en soit je trouve qu’on devrait toujours garder son sens critique, plutôt que de confier la responsabilité de ses actes et de ses pensées à un livre ou à d’autres personnes.

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  5. « La question » a mis des jours et des jours à publier mon commentaire et j’ai pensé qu’il n’allaient pas le faire. Et puis finalement : si. Ils ont même après le mien publié l’excellent commentaire de quelqu’un prénommé Alice. Je vous invite à le lire.

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    • En effet, j’ai lu votre excellent commentaire (on peut peut-être se tutoyer ?) et celui d’Alice.
      Je me demande s’il y aura une réponse de leur part même si l’article date un peu.
      Je vais faire un lien vers mon billet, même si je parle en tant que non-croyante :p

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