Humilier les véganes nuit aux animaux

Ce billet est la traduction d’un billet publié sur The Vegan Strategist, le blog de Tobias Leenaert, le 5 octobre 2015. Le texte est de Melanie Joy (dont j’ai déjà parlé dans mon billet Le carnisme) et je suis l’auteure de la traduction (avec l’aimable autorisation de Tobias Leenaert et de Melanie Joy).


 

Humilier les véganes nuit aux animaux – par Melanie Joy

Ce billet a été écrit par le Dr. Melanie Joy, qui est l’auteure de Why  We Love Dogs, Eat Pigs, and Wear Cows: An Introduction to Carnism [NDT : qu’on peut traduire par « Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons et portons de la vache : une introduction au carnisme »] et une psychologue formée à Harvard. Dans cet article, elle parle de ce qu’elle considère comme un problème majeur au sein de notre mouvement : l’humiliation de véganes par d’autres véganes. C’est un texte assez long à lire, alors asseyez-vous confortablement et prenez le temps de digérer les nombreux points importants qu’elle soulève.

Dr. Melani JoyDr. Melanie Joy

Lors d’une conférence récente dont le public était composé de militants de la cause animale, il s’est produit un incident qui m’a perturbée et m’a rendu inquiète pour notre mouvement. Un intervenant, militant végane de longue date, faisait une présentation sur le militantisme efficace à un public d’environ 300 personnes quand, soudainement, deux militants se sont précipités sur la scène. L’un d’eux portait un poulet mort ; l’autre tenait une pancarte affirmant que l’organisation à laquelle appartenait l’intervenant était corrompue. Le militant au poulet a ensuite attrapé un micro et a continué en annonçant pourquoi il pensait que l’intervenant était un hypocrite responsable d’énormément de souffrances animales et pourquoi il croyait que l’organisation (végane) de l’intervenant profitait en réalité de l’exploitation des animaux. (Malgré le fait que l’organisation en question possède un historique remarquable en matière de promotion du véganisme, leur tactique « grand public » leur vaut parfois des critiques de la part de groupes plus radicaux.*) Les quarante minutes suivantes ont consisté en un « débat » improvisé où l’intervenant — un végane passionné qui a dédié sa vie à la réduction des souffrances animales — s’est vu contraint de passer son temps à expliquer qu’il se soucie réellement des animaux, au lieu de terminer sa présentation qui avait été pensée pour aider les militants à sauver des animaux de manière plus efficace.

Pendant tout ce temps, les membres du public ont acclamé et hué après chaque revendication passionnée du militant accusateur ; ou alors ils ont acclamé lorsque l’intervenant s’est défendu, lui et son organisation, avec succès. À un moment, les membres du public ont eu l’opportunité de participer, et, bien que beaucoup parmi eux aient soutenu la position de l’intervenant, un certain nombre d’entre eux a repris la torche et a continué ce qui ressemblait à de l’inquisition. Et cette dynamique a continué le jour suivant, quand le débat a ressurgi. Personne ne semblait le moins du monde gêné que quelqu’un qui a passé beaucoup de temps et d’énergie à préparer et à transmettre un discours voie sa présentation sabotée — ou qu’un être humain, et un végane engagé, soit le sujet de ce que je ne pouvais percevoir que comme une tentative d’humiliation publique.


Honte

L’humiliation est malheureusement un comportement social répandu, qui n’est pas éliminé en grande partie parce qu’il est commun au point d’être invisibilisé. Et l’humiliation publique est un spectacle de plus en plus populaire, une réminiscence des jeux de la Rome antique et est incontestablement encore plus dommageable. Ainsi, le fait d’accepter et de célébrer les comportements d’humiliation n’existe pas uniquement au sein du mouvement végane. Cependant, le mouvement végane est supposé agir comme un contrepoint à ces attitudes dominantes qui génèrent des souffrances au lieu de les soulager. Clairement, le fait qu’un comportement injuste soit socialement acceptable n’est pas une excuse pour que nous l’adoptions sans réserve.

Nous humilions les autres à chaque fois que nous les jugeons ou que nous les déclassons, quand nous exprimons que nous les considérons d’une certaine manière comme inférieurs à nous-mêmes ou à d’autres personnes. Les comportements d’humiliation peuvent être n’importe quoi, d’un subtil roulement d’yeux quand notre ami non végane choisit un hamburger plutôt qu’un burger végétarien jusqu’à une agression verbale quand un autre végane exprime une opinion avec laquelle nous ne sommes pas d’accord.

2La honte est l’émotion qui résulte d’un comportement de menace, d’agression ou de tout autre comportement dégradant. La honte est le sentiment d’être « moins que » les autres. Nous pouvons nous sentir moins puissants, moins moraux, moins attirants, moins intelligents, etc. Enfin, pourtant, la honte est le sentiment de valoir moins que d’autres. Quand notre estime personnelle découle de notre militantisme, de notre beauté, de notre intelligence, etc. — comme la plupart d’entre nous a appris à le penser — nous ressentons inévitablement de la honte lorsque nous sommes rabaissés. Et virtuellement chacun d’entre nous portons en nous une bonne dose de honte ; il s’agit simplement de la quantité de honte à laquelle chacun d’entre nous doit faire face. Nous avons hérité d’un monde profondément problématique avec des modèles imparfaits ; même les quelques-uns d’entre nous qui ont eu des parents émotionnellement sains ont été influencés par une culture populaire dans laquelle la compétition, la violence et l’oppression — des phénomènes induisant de la peur et de l’humiliation — sont à la fois des choses normales et célébrées.


Grandeur

grandeurLe contraire de la honte, c’est la grandeur, le sentiment de supériorité ou celui d’être « mieux que » d’autres. Le sentiment de grandeur exagérée, même s’il est faible, peut être très attrayant. Quand nous sommes dans un état de grandeur, nous nous trouvons à une hauteur qui nous fait (largement) oublier la honte que la plupart d’entre nous passe son temps à essayer de nier, d’éviter ou bien de cacher. Humilier d’autres personnes peut donc être tentant, car faire sentir d’autres personnes inférieures consolide automatiquement notre position de supériorité. Un exemple ordinaire de cette dynamique parmi les véganes est l’humiliation morale et intellectuelle – exprimer le fait que l’autre est moins intelligent et moins moral, souvent parce qu’il ou elle n’est pas d’accord avec notre point de vue personnel. Le but de l’humiliation morale et intellectuelle est de prouver que notre position est « la bonne » et que l’autre est « la mauvaise », plutôt que d’examiner et de discuter objectivement de différentes perspectives.

L’humiliation morale et intellectuelle peut être particulièrement nocive, car il peut être difficile de la reconnaître et donc d’y réagir ; les cris sont bien plus faciles à identifier que les ricanements. Souvent, l’humiliation morale et intellectuelle est cachée par une argumentation habilement articulée et une prose éloquente. Et quand la beauté de mots bien choisis est associée à une passion zélée et à un sentiment de légitimité inébranlable, le résultat peut être toxique. Des véganes bien intentionnés peuvent être éblouis par la splendeur d’un charisme intellectuel et rejoindre inconsciemment le lynchage de ceux dont les idées ont été jugées « mauvaises » et donc « immorales ». Peu importe que la personne soit bien éduquée, passionnée ou moralement convaincue, ses idées ne sont pas forcément logiques ou justes et ses façons de faire ne sont pas forcément éthiques. Nous devons toujours prendre un peu de recul et nous demander : « Cette personne se réfère-t-elle à des données empiriques ou exprime-t-elle simplement une opinion ? L’argument semble-t-il logique ? ». Et, « Comment est-ce que je me sentirais si ces commentaires m’étaient adressés ? ».

Bien sûr, tous les comportements d’humiliation ne sont pas des tentatives pour booster nos propres égos ; parfois nous humilions les autres simplement parce que nous essayons de leur faire faire quelque chose. Et nous ne nous rendons pas compte que ce que nous faisons est blessant.

Grandeur et légitimité

La légitimité est la croyance selon laquelle nous méritons des privilèges particuliers qui sont niés à d’autres et selon laquelle c’est une conséquence naturelle du fait d’être dans un état de grandeur. Quand nous nous sentons légitimes, nous avons l’impression d’avoir le droit de faire à d’autres ce que nous n’accepterions pas d’eux.

Par exemple, récemment un végane questionnait un de mes collègues (végane aussi) au sujet de sa stratégie concernant la libération animale. Mon collègue a répondu qu’il était un ardent partisan de l’abolition de l’exploitation animale. Pourtant quand mon collègue a ajouté qu’il soutenait une stratégie concernant l’abolition qui était différente de celle du végane inquisiteur, ce dernier (que mon collègue ne connaissait pas du tout) a insisté en disant que mon collègue ne souhaitait « pas vraiment » mettre fin aux souffrances animales et qu’il n’était pas, en fait, un partisan de l’abolition de l’exploitation animale. Le végane a pensé avoir le droit de définir l’identité de mon collègue à sa place. Il a pensé avoir le droit d’affirmer que l’auto-évaluation de mon collègue était erronée — qu’il savait mieux que mon collègue ce qu’étaient la philosophie personnelle et les objectifs de mon collègue.


La loi du plus moral

Lors de la conférence, même si j’étais perturbée par le comportement du militant accusateur, j’étais bien plus inquiète par le fait qu’il ait été en mesure de mener à bien ses actes de sabotage et d’humiliation parce que les autres lui avaient donné la plateforme pour le faire, parce qu’apparemment tant de militants partageaient sa croyance en « la loi du plus moral ». En d’autres mots, ils pensaient qu’il était acceptable d’intimider, d’humilier ou de porter atteinte à quelqu’un d’autre tant que l’attaque découlait d’un sentiment de légitimité morale. Quand j’ai demandé au militant, par exemple, pourquoi il pensait avoir le droit de porter atteinte à l’espace de l’intervenant et de peut-être le traumatiser (ainsi que les témoins de la scène) en l’exposant de force au cadavre de quelqu’un — ces comportements rappellent terriblement ceux des personnes qui maltraitent les animaux —, il a répondu que c’était parce que « l’intervenant avait franchi une limite éthique », une affirmation acclamée par la foule.

Le psychothérapeute Terrence Real, qui est spécialisé dans les relations violentes, appelle ce type de comportement « l’offense depuis la position de victime ». Selon Real, toutes les personnes violentes ressentent un sentiment de légitimité et pensent qu’ils se défendent (ou, dans le cas des militants de la cause animale, qu’ils défendent d’autres êtres) quand ils font preuve de violence. Un mari violent, par exemple, affirme presque toujours qu’il frappe sa femme parce qu’elle a fait quelque chose pour le blesser : « Elle sait que je ne supporte pas quand elle se plaint de ma façon de faire avec les enfants, mais elle n’a pas pu la fermer ». Dans l’esprit du mari violent, sa femme a franchi la limite – une limite subjective qu’il a construite et dont il a décidé qu’elle marquerait la frontière de la violence justifiable envers elle.

Dans le paradigme de la loi du plus moral, la violence n’est pas de la violence si le comportement découle d’un grief moral valable. Et bien sûr, la personne qui décide si le grief est valable est celui qui adopte le comportement en question. Pensez aux attentats terroristes du 11 septembre 2001 ou bien aux fusillades sur des campus américains, des actes violents commis au nom de la droiture morale. Tandis que ces exemples sont évidemment bien plus violents que celui du végane qui humilie d’autres véganes (ou non véganes) en public, la mentalité sous-jacente est la même ; la différence n’est qu’une question de degré.


Humilier des véganes est une très mauvaise stratégie

La plupart des gens seraient d’accord pour dire que la déontologie exclut l’humiliation. La déontologie est l’intégration de valeurs (telles que la compassion et la justice) et de pratiques et quand nous humilions d’autres personnes, nous portons atteinte à ces valeurs. Humilier d’autres personnes — véganes ou non — n’est donc pas éthique.

Mais même si nous nous soucions peu des conséquences éthiques de l’humiliation, il faut savoir que ce comportement a également des conséquences pratiques. L’humiliation parmi les véganes est intrinsèquement une très mauvaise stratégie ; cela fait fuir les non véganes alors que nous avons besoin de leur soutien pour faire avancer notre mouvement, cela affaiblit les véganes et cela engendre une terrible perte de temps et d’énergie qui auraient plutôt pu être dédiés à un militantisme végane efficace.

Quand nous humilions quelqu’un, nous augmentons la probabilité qu’il se retire ou qu’il contre-attaque. Il est possible que les personnes humiliées ne parviennent pas à agir en leur nom ou au nom d’autres parce qu’ils pensent ne pas avoir le pouvoir de changer les choses. Pensez à la jeune femme qui est témoin des horreurs de l’élevage industriel, qui veut arrêter de manger des animaux, mais qui ne peut pas supporter la pression de ses pairs pour qu’elle se conforme à la norme carniste et qui est qualifiée de « radicale » par ses pairs. Parfois les personnes humiliées attaquent plutôt que de se retirer et ils humilient d’autres personnes afin de se reconstruire (temporairement). Pensez au petit garçon qui tombe et s’égratigne les genoux sur le terrain de jeu, qui commence à pleurer et qui est immédiatement traité de « fillette » par les autres enfants (malheureusement, traiter quelqu’un de femme ou de fille est l’un des affronts les plus offensants). Il se relève, se redresse en disant « Vous allez voir ! » et tente d’intimider et d’humilier les autres.

Les psychologues savent depuis longtemps que les comportements d’humiliation sont intrinsèquement violents et qu’humilier les autres est le meilleur moyen d’obtenir exactement l’inverse de ce qu’on voudrait (à moins d’être des gourous, les gardiens de prisonniers politiques ou toute autre personne cherchant à affaiblir et « casser » l’autre).

Puisque l’humiliation est si invalidante au niveau personnel et social, c’est l’émotion que la culture dominante inculque à ceux qui font face à ses pratiques oppressantes, en silenciant de façon efficace les voix dissidentes (combien de fois, nous véganes avons-nous dû nous mordre la langue par peur d’être qualifiés de « trop sensibles », d’ « extrêmes », d’ « irrationnels » ou de « moralement dans l’erreur » ?). Les véganes ne sont pas étrangers à la honte ; nous devons lutter contre elle chaque jour car nous nageons contre le courant de la culture dominante.


L’humiliation des véganes est la culture dominante : les véganes sont trop visibles ou invisibles

Souvent, l’humiliation des véganes dans la culture dominante est exprimée de deux façons : les véganes sont soit trop visibles soit invisibles. Quand nous sommes trop visibles, nos attitudes et nos comportements sont scrutés et examinés dans tous les sens, nous laissant peu de marge pour être les humains faillibles que nous sommes et nous faisant ainsi adopter une sorte de « perfectionnisme toxique ». Quand nous sommes invisibles, nos efforts sont niés, invalidés ou bien cachés. Quand des véganes en humilient d’autres, ils renforcent ces attitudes d’humiliation extrêmement nocives.

Les véganes trop visibles : le perfectionnisme toxique

La culture dominante exige souvent des véganes qu’ils se conforment à des standards impossibles à atteindre : on attend de nous que nous soyons des parangons de vertu (nous sommes des hypocrites si nous portons de la soie, des extrémistes si nous n’en portons pas), des modèles de santé (s’il arrive que nous tombions malade, toute notre idéologie est remise en question) et des experts sur tout (nous n’avons pas le droit de prôner le véganisme si nous n’avons pas toutes les réponses au problème du carnisme – ce qui, bien sûr, est impossible).

De plus, beaucoup de véganes sont très sensibilisés à l’idée qu’ils pourraient nuire, être immoraux ou ne pas être « assez biens » et ils ont intériorisé le message de la culture dominante selon lequel ils doivent être parfaits afin d’avoir de la valeur. Ils ont du mal à accepter que leurs efforts soient suffisants et bien souvent ils n’y arrivent pas. Le perfectionnisme toxique est donc, sans surprise, une cause commune de dépression et d’épuisement chez les véganes. Quand d’autres véganes renforcent le perfectionnisme toxique, les résultats peuvent donc être dévastateurs. Un exemple courant est le fait d’insister sur le fait que si quelqu’un ingère même une trace de produit animal, comme boire un vin « non végane » ou manger du fromage de soja qui contient de la caséine, cette personne n’est « pas une vraie végane » et est donc, par extension, quelqu’un qui exploite les animaux (une attitude qui effraie et repousse sans doute nombre de nouveaux véganes et de potentiels véganes).

Le perfectionnisme toxique nous pousse également à réduire l’individu que nous jugeons à n’être rien de plus que les comportements « honteux » pour lesquels nous le jugeons. Nous ne parvenons pas à apprécier l’autre comme un individu entier, car nous effaçons toute partie de son militantisme ou de sa vie qui contredit notre jugement. Par exemple, une campagne controversée d’une organisation qui a fait un énorme bien pour les animaux peut finir par être critiquée comme étant « vendue » ou de connivence avec l’oppresseur. Même quand les chiffres ne correspondent pas objectivement à ces affirmations — quand l’individu ou l’organisation a statistiquement fait bien plus de « bien » que de « mal » potentiel — le perfectionnisme toxique nous fait nier mentalement ces données.

Quand des véganes encouragent le perfectionnisme toxique, ils peuvent créer une crainte excessive chez d’autres véganes (et en eux-mêmes) de faire des erreurs. Un écart, l’aveu de ne pas être assez « pur » peut entraîner le fait d’être humilié. Les gens qui ont peur de faire des erreurs sont souvent ceux qui finissent par ne rien faire du tout.

Les véganes invisibles : l’ingratitude

Notre travail est ingrat. En tant que militants véganes, nous travaillons souvent sans répit, sans être rétribués ou pour bien moins d’argent que nous gagnerions autrement et la seule raison pour laquelle nous faisons cela, c’est parce que nous nous soucions des animaux. Ces derniers ne peuvent pas nous remercier et ils ne le feront jamais. Nos efforts sont fréquemment invisibles, ridiculisés ou même combattus par la culture dominante et parfois même par ceux qui sont les plus proches de nous.

Alors quand les autres militants, les seules personnes au monde qui comprennent réellement ce que cela signifie d’être végane dans un monde où l’on mange des animaux, quand ceux-ci nous font précisément les choses que la culture dominante fait — nous traiter d’hypocrites, nous ridiculiser et nous attaquer — nous pouvons nous démoraliser. Clairement, nous nous sentons agressés. Mais peut-être qu’un sentiment encore plus insidieux est le sentiment profond de ne pas être appréciés, un sentiment qui peut mener au désespoir. Le désir d’être apprécié n’est pas égoïste ni égocentrique. C’est un besoin humain basique qui, lorsqu’il n’est pas satisfait,  mine notre motivation et notre inspiration. Si vous doutez de cela, pensez simplement à comment vous vous sentez quand votre partenaire ne remarque pas que vous êtes le seul à nettoyer la maison depuis que vous vivez ensemble.


De la honte à la prise de pouvoir

Il serait tragique que les véganes soient d’accord sur tout. Notre diversité fait notre beauté et notre force. Cependant, la façon dont nous sommes en désaccord a de l’importance. Beaucoup d’importance. Quand nous nous rassemblons pour discuter, plutôt que nous disputer, au sujet de nos différentes idées, nous pouvons nous enrichir, nous et notre mouvement. Dans une telle situation, nous abordons nos désaccords avec curiosité et compassion. Nous sommes ouverts à l’idée d’apprendre les uns des autres et même quand nous sommes fortement convaincus sur un sujet, nous n’humilions pas l’autre et nous ne lui portons pas atteinte. Nous donnons du pouvoir à nous-mêmes et à notre mouvement plutôt que de l’affaiblir. La prise de pouvoir est le contraire de la honte.

Communiquer avec empathie

commNous pouvons réduire la probabilité d’humilier quelqu’un d’autre si, avant de communiquer, nous faisons une pause et nous nous demandons : « Suis-je connecté avec mon empathie en cet instant ? Est-ce que je prends vraiment en compte ce à quoi le monde ressemble à travers les yeux de l’autre — comment mes paroles ou mes actions l’affecteront ? » Ou bien : « Comment est-ce que je me sentirais et comment est-ce que je réagirais si quelqu’un me disait cela ? ». Ces questions sont particulièrement importantes si nous nous sentons en colère ou légitimes au niveau moral, et/ou si l’autre est un leader ou une organisation, auquel cas il est plus facile de le considérer comme un simple symbole, plutôt que comme un être humain ou une institution composée d’êtres humains. Souvent, nous oublions que derrière le rôle de PDG, d’auteur, d’intervenant, etc. il y a une personne avec des sentiments, des désirs et des besoins, une personne qui sera affectée par nos paroles. Et nous oublions que nos organisations sont composées de militants qui sont des personnes qui se soucient beaucoup de la cause et de l’impact du travail qu’elles effectuent.

Et avant de communiquer nous pouvons également nous demander : « Quel est le but de ma communication ? Quel impact sur les animaux est-ce que j’espère avoir grâce à cette communication ? ». De nombreux véganes qui humilient d’autres véganes le font avec une bonne intention, en pensant que la méthode de l’autre pour réduire la souffrance animale nuit en fait aux animaux. Certaines stratégies sont sans aucun doute meilleures que d’autres et sans données solides (ce que nous n’avons simplement pas concernant des stratégies étendues pour la libération animale), il est difficile si ce n’est impossible de savoir quelle stratégie est la plus efficace. Nous devons donc continuer à parler, discuter, analyser et apprendre. Mais une chose est sure : humilier ou intimider d’autres véganes n’aide pas les animaux car cela démoralise et affaiblit les militants et cela nuit à tout le mouvement. Si vous voulez faire ce qu’il y a de mieux pour les animaux, arrêtez d’humilier.

Créer des zones sans humiliation

La façon la plus importante par laquelle nous pouvons créer une culture libre de toute humiliation, c’est de faire tout ce qu’il y a en notre pouvoir pour supprimer la plateforme de ceux qui humilient. Les personnes qui s’adonnent à l’humiliation n’auraient pas l’impact qu’elles ont si elles n’avaient pas de public.

Mon espoir est que les véganes choisiront de devenir des alliés en créant un mouvement plus empathique et donc plus puissant — qu’ils s’engageront à créer une culture qui est immunisée contre l’humiliation (des non véganes tout autant que des véganes). Pour cela, nous pouvons créer des zones sans humiliation partout où nous en avons le pouvoir : dans nos conversations et nos organisations, lors de nos conférences et de nos rassemblements, et ce qui est peut-être plus important, sur nos pages de médias sociaux, puisque les médias sociaux sont souvent la source principale d’humiliation généralisée.
Plutôt que de dénoncer les personnes qui humilient, ce qui renforcerait la mentalité réactive de la culture de dénonciation, je suggère de faire appel à la compassion —  que nous jouions un rôle actif pour nous assurer que nous n’ignorons pas et que nous ne laissons pas passer des commentaires humiliants. Nous pouvons mentionner sur nos pages de médias sociaux que nous nous engageons à une communication sans humiliation, puis, sans émettre de jugement, si quelqu’un partage une remarque hostile ou dévalorisante, nous pouvons demander que cette personne exprime ses opinions de façon plus empathique et, si elle ne le fait pas, nous pouvons supprimer le message. Nous pouvons également parler aux organisateurs de nos conférences et de nos réunions ou avec les leaders de nos organisations lorsque nous remarquons qu’un comportement d’humiliation est toléré ou encouragé. Le plus important est de ne pas être un spectateur passif devant un acte malveillant. Comme l’a si bien dit Edmund Burke : « Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien ».

shameLa majorité des véganes sont des personnes hautement conscientes et empathiques, qui sont profondément engagées en ce qui concerne l’intégrité personnelle et la transformation sociale. Il est probable que notre mouvement soit arrivé au point où l’humiliation est un problème en partie parce que nous avons accepté sans réserve le mythe de « la loi du plus moral » et largement parce que ceux d’entre nous qui n’humilient pas n’ont pas fait très attention à ce phénomène. Nous sommes donc devenus des spectateurs involontaires, permettant l’existence d’un problème simplement en ne nous en occupant pas.

L’humiliation nuit à notre mouvement. En tant que véganes, nous n’avons pas le luxe de l’oubli ; nous ne pouvons pas nous permettre de simplement faire abstraction des déclarations hostiles ou d’ignorer les commentaires dévalorisants. Nous devons faire ce que nous faisons de mieux : agir comme des consommateurs critiques et encourager les autres à faire de même. Nous devons examiner non seulement ce que nous mettons sur ou dans nos corps, mais aussi ce que nous mettons dans nos cœurs et dans nos esprits, et promouvoir la compassion plutôt que la cruauté.

*Bien sûr, différentes méthodes idéologiques peuvent soulever des questions légitimes, de la part des deux côtés. Cependant, cet article traite de la façon d’aborder ces questions, et non des questions en elles-mêmes.

 

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23 commentaires

  1. Très bon travail ! J’avais traduit quelques articles de M. Joy il y a quelques années sans les publier. Je ne les retrouve plus hélas. Ca demande beaucoup de travail. Si tu cherches de l’aide pour d’autres traductions, je suis intéressé.

    Aimé par 1 personne

      • Les articles que j’avais traduits: « Speaking Truth to Power: Understanding the Dominant, Animal-Eating Narrative for Vegan Empowerment and Social Transformation », « Carnism: Why Eating Animals Is a Social Justice Issue » et « Why People Who Love Animals, Eat Animals – And What You Can Do to Change That » sur one green planet -http://www.onegreenplanet.org/author/melanie_joy –

        Aimé par 1 personne

          • Ce sont les articles que j’avais traduits mais mes traductions elles ont été les victimes d’un ménage radical et stupide. Je n’ai pas de site donc je ne pouvais pas les publier. Mon idée à cette époque était de proposer mes traductions au webmaster du site de M. Joy (carnist). J’avais également commencé la traduction du site. J’aime beaucoup l’approche de M. Joy même si ce n’est pas la seule activiste que je suis. Le site One Green Planet est un guide Vegan. On y trouve notamment des articles de plusieurs activistes dont M.Joy, Colleen Patrick-Goudreau, Jonathan Balcombe… C’est un site important et reconnu.

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          • Je vois… Je t’aurais bien proposé de publier tes traductions sur mon blog (avec crédit bien sûr) mais on m’a bien expliqué, quand j’ai demandé si je pouvais traduire ce billet, que seules les traductions faites par un-e professionel-le seraient acceptées (il se trouve que je suis traductrice pro donc c’était ok)…

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          • Ah ok, je ne savais pas. Je pensais que mes traductions croisées avec d’autres personnes auraient pu passer. J’ai moins de regrets comme cela. Merci pour l’info. Je comprends qu’ils veuillent s’assurer que les propos de M. Joy soient bien traduits – elle utilise un vocabulaire très précis et c’est cela que j’aime chez elle d’ailleurs – mais la vérification par une personne certifiée/de confiance aurait selon moi été suffisant et aurait permis surtout d’être productif. Encore merci pour l’info. Tu devrais t’attaquer à la traduction de son livre. C’est un beau bouquin.

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          • J’aimerais bien traduire un tel livre mais ce n’est pas aussi simple (ne serait-ce que parce que je suis traductrice technique et non traductrice littéraire et ça ne se fait pas trop de passer de l’un à l’autre). J’ai d’ailleurs été en contact pour traduire un livre de Nick Cooney mais finalement ça ne s’est pas fait…

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          • C’est dommage que cela ne se soit pas fait en effet. C’était une belle opportunité. Mais quand on est passionné comme tu as l’air de l’être, c’est dans le domaine du possible et c’est dommage de ne pas s’y frotter. Peut être s’entrainer sur quelques articles d’abord. Pour Joy, l’approche est psy et donc chaque mot compte et ca complique comme tu le sais déjà. Mais c’est un défi excitant dans un domaine passionnant.

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  2. Merci pour la traduction. C’est exactement ce que je reprochais ces derniers temps, notamment sur internet où les interactions tournent au pugilat sans arrêt ! Je vais partager sur la page facebook de mon blog.

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