Il n’y a pas de conflit entre les droits humains et les droits des animaux.

De nouvelles études montrent que la compassion n’est pas une ressource limitée.

Traduction de l’article d’Ezra Klein paru le 21 août 2019 sur Vox.com

Des militants de PETA jettent des peluches de poussins dans une fausse déchiqueteuse pour protester contre la mise à mort des poussins mâles.

Si vous vous souciez des droits des animaux, vous vous heurterez inévitablement à un mur de « whataboutisme ». Et les SDF ? Ou le racisme ? Ou le sexisme ? Pourquoi perdez-vous votre temps avec des poulets alors que tant d’êtres humains souffrent ?

On se heurte à du « whataboutisme » sur toutes les questions – le terme lui-même remonte aux arguments de la guerre froide – mais je trouve qu’il est particulièrement répandu dans le cas de la souffrance animale. Les gens sont habitués à tisser des fils disparates de la souffrance humaine en une seule matrice d’injustice. C’est l’objet de nombreuses philosophies morales et politiques. Mais la souffrance animale est une autre catégorie : s’inquiéter des animaux, étant donné l’angoisse vécue par tant de gens, peut sembler, au mieux, une priorité déplacée et, au pire, une insulte cruelle aux besoins de la communauté humaine.

Le « whataboutisme » est une stratégie rhétorique destinée à paralyser et non à persuader. Mais il fonctionne parce qu’il joue sur une crainte réelle : que la compassion soit une ressource limitée, et le capital politique encore plus. L’énergie que nous dépensons pour les poulets est de l’énergie volée à la lutte contre la drogue.

De nouvelles recherches réalisées par Yon Soo Park de Harvard et par Benjamin Valentino de Dartmouth ont directement testé ces préoccupations. Dans une moitié de l’étude, ils ont utilisé les données de l’Enquête sociale générale pour déterminer si les défenseurs des droits des animaux étaient plus susceptibles d’appuyer une variété de droits humains, un test pour déterminer si la compassion abstraite est une somme nulle. Ensuite, ils ont comparé la force des lois sur le traitement des animaux dans chaque État à la force des lois sur la protection des êtres humains, un test pour déterminer si l’activisme politique est à somme nulle.

La réponse, dans les deux cas, est que la compassion semble engendrer la compassion. Les personnes qui étaient fortement en faveur de l’aide gouvernementale pour les malades « étaient plus de 80 pour cent plus susceptibles de soutenir les droits des animaux que celles qui s’y opposaient fortement », écrivent les auteurs. Cette conclusion s’est maintenue même après avoir tenu compte de facteurs comme l’idéologie politique. L’appui aux droits des animaux a également été corrélé – bien que l’ampleur de l’effet ait été moindre – avec l’appui aux personnes LGBT, aux minorités raciales et ethniques, aux immigrants sans papiers et aux personnes à faible revenu.

En d’autres termes, la préoccupation pour la souffrance humaine semblait nourrir la préoccupation pour la souffrance animale, et vice versa. C’est la souffrance, et non l’espèce, qui compte pour beaucoup.

De même, les États qui ont fait le plus pour protéger les droits des animaux ont également fait le plus pour protéger et étendre les droits humains. Les États dotés de lois solides protégeant les personnes LGBT, de protections solides contre les crimes haineux, et de politiques inclusives pour les immigrants sans papiers étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir de solides protections pour les animaux. Encore une fois, ces résultats se sont maintenus même après avoir contrôlé « la dépendance économique de chaque État à l’égard de l’agriculture animale, l’idéologie politique au niveau de l’État, la richesse par habitant de l’État, la religion des résidents de l’État et la race ».

Un système politique qui voit la souffrance humaine et agit est plus susceptible de voir la souffrance animale et d’agir, et vice versa.

Park et Valentino ne peuvent pas dire pourquoi ces corrélations existent. La compassion est peut-être un muscle, et elle se renforce avec l’usage. Peut-être, lorsque nous nous ouvrons à l’injustice et à l’oppression dans un domaine, devenons-nous meilleurs, et non pires, à les déceler ailleurs. Peut-être que l’organisation politique nécessaire pour faire face à la souffrance dans un domaine construit un système politique plus capable de faire face à la souffrance dans d’autres domaines. Pour reprendre les termes du philosophe Peter Singer, « nous élargissons le cercle de la compassion ».

Mais il n’y a pas de contradiction entre s’inquiéter d’une forme d’oppression et s’inquiéter des autres. Il n’y a même pas de contradiction entre essayer d’adopter des lois protégeant les droits des animaux et bâtir une culture politique plus susceptible de protéger les droits humains, aussi. La compassion engendre la compassion. La réponse, tant en argumentation qu’en pratique, à « qu’en est-il de X ? » est « oui, ça aussi ».

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