L’industrie du lait face à l’avancée végétale

Suite à la lecture de cet article paru sur nola.com datant de début 2015 déjà, j’ai voulu creuser un peu le sujet de la réaction des industriels des produits laitiers face à la diffusion des arguments anti-lait formulés par les véganes mais aussi par des médecins inquiets des effets nocifs d’une grande consommation de lait animal.

Cet article explique notamment :

  • que les Américain.e.s tournent de plus en plus le dos au lait de vache ;
  • que le British Medical Journal a publié en 2014 une étude suggérant qu’une consommation importante de lait animal pouvait causer des morts prématurées et une plus grande incidence de fractures.

État des lieux

Vous aurez probablement vu, si vous vivez en France en tout cas, des campagnes de pub pour les produits laitiers (« nos amis pour la vie » :x) avec des spots qui tournent régulièrement sur les différentes chaînes. À peine une campagne finie, c’est une autre qui commence.

En France par exemple, il faut savoir que la consommation actuelle de produits laitiers est importante car elle a été poussée au sortir de la Seconde guerre mondiale en raison d’une surproduction de lait à écouler : en 1954 Pierre Mendès France décide que du lait serait distribué dans les écoles chaque jour. Dans les années 1970 un lobbying fort voit le jour, avec la diversification des produits laitiers sur le marché.
Il faut donc bien comprendre que, comme pour la viande, les habitudes de consommation de lait n’ont pas toujours été ce qu’elles sont depuis quelques décennies.

Ces dernières années cependant, les ventes de lait (tout comme celles de viande) baissent en Occident. Et celles de produits à base de laits végétaux augmentent en parallèle. Scandales alimentaires, recherche d’un mode de vie plus sain, prise de conscience écologique et/ou intérêt pour les droits des animaux, nombreuses sont les raisons probables d’une telle évolution. Les consommateurs découvrent qu’on peut manger autrement et que c’est autant voire plus gourmand.
Malgré les subventions attribuées aux producteurs de lait (et de viande) et donc le prix plus élevé des laits végétaux, cette tendance semble avoir de fortes chances de se confirmer.

Le chiffre d’affaire lié à la vente des laits végétaux croit de +6% par an.
L’offre se diversifie en ce qui concerne le végétal à l’origine du lait (les laits de céréales : soja, riz… ; les laits de noix : coco, amande, noisette, cajou… ; les laits de graines (chanvre, tournesol…), mais également des saveurs parfois ajoutées (sucre, vanille, chocolat, etc.). Cette diversité permet de varier les goûts et les utilisations en cuisine, mais aussi d’éviter les allergènes pour les personnes concernées.
De plus ces boissons sont parfois enrichies en calcium ou en autres nutriments, ce qui peut être très attrayant pour les personnes soucieuses de leur santé.
Enfin le nombre de marques commercialisant ces produits augmente et les packaging sont de plus en plus attractifs.

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Source

À noter qu’aux États-Unis notamment, les ventes de lait d’amande connaissent un boom et ont dépassé celles du traditionnel lait de soja depuis 2013.

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Tendances des recherches sur Google, par année et par terme, d’après Google Trends

Sur le Net francophone, on n’observe pas cette évolution : le lait de soja reste largement en tête des recherches et on peut augmenter une augmentation des recherches à partir de 2013 (le nombre moyen a doublé de 2013 à 2015).
Peut-être parce que le monde anglophone est plus avancé sur la question du végétalisme, les consommateurs semblent avoir envie de diversifier les types de laits végétaux qu’ils boivent et utilisent…

Les perspectives

Le marché des laits végétaux connait donc une croissance qui pourrait être exponentielle dans les années à venir. Ces produits se font de plus en plus nombreux et variés et leur consommation se démocratise.

En réponse à cette tendance, l’industrie du lait animal développe de nouvelles stratégies :

  • création de lignes de produits spécifiques ;
  • mise en avant de laits de différents animaux (yaourts au lait de brebis,chèvre…)qui sont plus faciles à digérer, et qui bénéficient également d’une image plus artisanale, plus authentique, et qui sont souvent certifiés bio ;
  • création de yaourts au lait de vache allégés en lactase ou contenant des enzymes pour une meilleure digestion ;
  • développement des appellations IGP et AOP.

Une autre voie ?

Mais le futur ne pourrait-il pas être fait d’une étonnante convergence entre la demande en produis végétaux en hausse et les propositions des entreprises les plus carnistes ? Dans nos sociétés capitalistes, à défaut d’écouter l’argument éthique, les grandes firmes suivent les tendances économiques afin de s’assurer d’un maximum de profits à moyen et long termes.

Les exemples de marques connues qui amorcent un virage vers une gamme de produits végétaliens se multiplient ces derniers temps. Unilever, après avoir tenté en vain de faire interdire le nom de leur concurrent végane Just Mayo, produit désormais sa propre mayonnaise sans oeufs ! Les gammes végétales de grandes marques mainstream telles que Carrefour ou Herta (entreprise qui diffusait une pub végéphobe pour vendre du jambon) se multiplient en France, en tant qu’alternative à la viande (type nuggets, boulettes, haché…) dans le but de suivre la tendance végéta*ienne mais surtout flexitarienne. Comme quoi, le simple fait de la réduction de la consommation de produits animaux peut contribuer à faire bouger les lignes.

On ne peut que se réjouir de cette évolution qui risque fort de faire un effet boule de neige à la fois au niveau des consommateurs et des industriels. Quand un des grands « trahit » la cohésion si nécessaire au secteur, c’est un coup de canif dans le contrat. Plus d’entente pour protéger l’ensemble des industriels, c’est la concurrence qui prévaut à nouveau. Ce qui signifie que les marques à la traîne s’y mettront à leur tour.
Quoi qu’on en pense, ce sont des vies animales épargnées, des transitions facilitées, un quotidien simplifié pour les végés et les flexitarien.ne.s et la banalisation du mode de vie végane.

Espérons que cette tendance s’enracine également en ce qui concerne les produits laitiers. Ensuite libre à chacun.e de choisir la marque qu’iel souhaite consommer bien sùr. 🙂

 

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