Et la sexualité sans but procréatif ?

Je me rends compte après coup qu’il existe un thème que j’aurais pu intégrer dans mon article précédent, intitulé « Qu’avons-nous de si spécial ? ». Ce billet est donc une sorte d’addendum au précédent.

La semaine dernière, j’ai dressé la liste des choses qui reviennent régulièrement lorsqu’on entend parler du « propre de l’Homme », ce truc mythique que nous seuls Humains aurions, contrairement aux autres animaux.
Aujourd’hui, je rajoute un thème qui va sans doute me valoir pas mal de visites de personnes égarées sur un blog anti-spéciste après avoir tapé des mots-clés salaces mais soit. (D’ailleurs ça me ferait tellement plaisir de ne plus voir d’horreurs dans la liste de mots-clés qui mènent à mon site en fait, si quelqu’un pouvait remédier à ça d’un coup de baguette magique… Bref je m’égare.)

Parlons sexualité chez les animaux

Et non pas « avec les animaux » par pitié.

On entend parfois dire que les humains sont les seuls à avoir une sexualité qui ne soit pas seulement dans le but de se reproduire. Que nous avons des rapports sexuels aussi pour le fun. Alors que les autres espèces animales seraient restées à une sorte de stade primitif où ils n’auraient des activités sexuelles que pour perpétuer l’espèce.

Et bien encore une fois, c’est FAUX.

Jusqu’à présent, nous savons qu’il existe plusieurs espèces non humaines qui pratiquent le sexe par pur plaisir.

Il est reconnu scientifiquement que chez les Hominidés (bonobos, chimpanzés, orang-outans, humains) et chez les dauphins, le comportement sexuel n’est plus tant un comportement de reproduction qu’un comportement érotique.

La masturbation pour prendre du plaisir ou en donner a été observée chez plusieurs espèces : chats, chiens, cétacés, singes, kangourous, tortues, criquets, colibris…
Il a également été constaté que les bonobos savaient utiliser des outils pour se donner du plaisir.

Sexe oral chez les chauves-souris et les grands singes, sodomie chez les chiens, rats, bovins, singes… Bref, vous avez compris, les autres animaux aussi savent s’amuser. Les bonobos sont peut-être l’espèce non humaine avec la plus grande variété des pratiques avec en plus de ce qu’on a déjà cité le baiser sur la bouche, les rapports à plusieurs…

Si la position dite de la levrette est la plus courante, elle n’est pas la seule pratiquée, notamment chez les hominidés et les dauphins. La position du missionnaire, par exemple, n’est pas réservée à l’espèce humaine : hominidés, baleines, dauphins… même des chiens auraient été observés dans cette position mais, comme on peut l’imaginer, finalement ce qui gêne ce sont les limites imposées par l’anatomie selon l’espèce.

4150_cetace_ar06

Certaines espèces sont monogames (par exemple les pigeons), d’autres polygames (par exemple les hamsters) (et les humains ils sont quoi ?… hum question qui peut fâcher. Ou pas.). Des comportements homosexuels ont également été observés chez d’autres espèces (au niveau sexuel mais aussi au niveau social, comme l’exemple de manchots de Humbolt pouvant former des couples mâle-mâle. La frustration sexuelle peut inciter les animaux à avoir des rapports homosexuels comme dans le cas de vaches privées de la compagnie de taureaux.
En revanche, les scientifiques pensent actuellement que ce ne serait pas une orientation sexuelle permanente comme on le présente pour parler des humains qui ne sont attirés QUE par des personnes du même sexe.

Les dauphins pratiquent les caresses pendant un long moment (jusqu’à 2 ou 3 heures) avant de procéder à un coït très rapide (genre 20 secondes chrono). Ils sont aussi connus pour avoir une sexualité parfois violente (rapport forcés, coups…). Les cétacés en général dissocient le plaisir de la reproduction. Ils pratiquent la sexualité par jeu et peuvent s’accoupler tous les jours (avec des partenaires différents) alors que les femelles ne portent un petit que tous les un ou deux ans.
Tout comme les Hominidés, les dauphins utilisent parfois le sexe pour résoudre les conflits.

Le sexe comme une arme

On pourrait aussi parler de la sexualité dans un but de dominance sociale et qui relève donc plus de la domination, de la hiérarchisation que du sexe. C’est plus très sympa du coup.

L’analyse sociologique nous fait comprendre que chez les humains, les actes sexuels forcés ont plus à voir avec la volonté d’humilier, de dominer qu’avec un quelconque plaisir sexuel. Ce n’est plus tant un rapport sexuel qu’une agression (sexuelle).

Malheureusement d’autres animaux font ça aussi. Je ne suis pas en train de dire que c’est exactement la même chose, simplement que le sexe peut être un moyen de domination chez d’autres espèces également. Le but serait de se montrer comme un individu fort aux yeux du groupe.

L’attachement par le sexe

Le fait d’avoir un rapport sexuel favorise l’attachement au partenaire chez les humains, notamment grâce à l’ocytocine libérée. D’autres mammifères connaissent le même type de réaction physique favorable à l’attachement par le sexe.

L’attachement sexuel au partenaire fait également intervenir le système de récompense. Les études sur les campagnols ont notamment montré que lors de la copulation les phéromones sexuelles provoquent la mémorisation des odeurs du partenaire sexuel. L’activation concomitante du système de récompense rend ces odeurs « agréables ». Les animaux sont alors attachés, c’est-à-dire qu’ils recherchent et maintiennent la proximité physique pour sentir leurs odeurs agréables, car leur perception induit la remémoration des récompenses antérieures.
L’attachement exclusif au partenaire sexuel (monogamie) n’existe que chez les mammifères sociaux, qui ne représentent qu’environ 5 % des espèces mammaliennes.
(Source)

Bref, rien n’est si simple

On a tendance à voir les animaux (non humains) comme des êtres régis uniquement par leur instinct (c’est quoi l’instinct au juste d’ailleurs ?) et s’accouplant juste parce qu’ils sont programmés pour, un peu comme des machines. Sans pensée, sans ressenti personnel, sans érotisme. Juste ils « baisent comme des bêtes ». Ou alors c’est nous qui pensons le faire, lorsqu’on a un rapport débordant de passion, voire un peu brutal. On croit retomber dans un état d’animalité primaire où (presque) tout est permis, où on réfléchit plus, on ressent seulement.

maroon-5-adam-levine-animals-billboard-650

Et puis des fois ça devient carrément n’importe quoi dans notre tête, comme dans le clip d’ « Animals » du groupe Maroon 5 qui mélange l’animalité et la prédation, le sexe et la violence, le spécisme et le sexisme.
Je ne sais pas si vous avez vu ce clip et la polémique qui en a découlé mais il mériterait un billet à lui tout seul.

En vérité, tout porte à croire qu’à la base, toute espèce animale ayant une reproduction sexuée verra les membres de cette espèce avoir des activités sexuelles simplement parce qu’ils en retirent du plaisir. C’est un système efficace : nous ressentons du plaisir physiquement et même de l’envie en imaginant l’acte, donc nous faisons en sorte de pratiquer ces actes qui nous apportent ce plaisir. C’est un simple système de récompense.
En cela, un lapin, un humain ou un dauphin réagira de la même manière.

Là où ça devient plus complexe effectivement, c’est lorsque la récompense est si attrayante et que les capacités cognitives sont suffisamment développées, que les individus, peu importe l’espèce, adoptent des comportements qui leur permettront de leur donner ce plaisir même s’il n’y a aucune chance de reproduction de cette manière.
C’est le cas de plusieurs espèces (peut-être encore plus que ce que nous avons observé jusqu’à présent) et le fait d’imaginer que les humains ont une sexualité tellement différente, inventive, spirituelle, intellectuelle, variée… bref supérieure à celle des autres animaux relève encore du mythe égocentrique, rien de plus.

Publicités

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s