Super Maman ou comment mieux faire passer la pilule

La Fête des Mères c’est bientôt en France, c’est déjà passé dans la plupart des pays du monde. Cette célébration des mères par leurs enfants existe (sous des formes plus ou moins différentes) depuis la Grèce antique au moins.

Étant mère d’une petite de bientôt 3 ans, scolarisée (à temps partiel) depuis bientôt une année scolaire, j’avoue que j’attends avec impatience mon petit cadeau fabriqué à l’école tout simplement avec ses petites mains et beaucoup d’amour.

En revanche, j’ai vraiment du mal avec les campagnes de publicités qui instrumentalisent cette fête et plus généralement l’amour filial et la dévotion généralement constatée chez les mères (bizarrement on n’instrumentalise jamais la fête des Pères).
Avec l’approfondissement de la connaissance des ressorts patriarcaux on arrive à vraiment décrypter les dommages collatéraux de certaines publicités, alors qu’à la base on peut ne ressentir qu’un simple malaise, voire « tomber dans le panneau ». Aucun jugement là, qui ne s’est jamais laissé convaincre par une publicité, surtout quand la technique de manipulation est le compliment ?

Concrètement, j’ai vu passer ce genre de choses (Facebook regorge de ce type de discours en image toute l’année) :

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L’idée ? Lister toutes les choses que les femmes – en particulier les mères – font pour leurs enfants et plus généralement pour leur famille/leur entourage, toutes les activités réalisées par elles chaque jour. Rappeler combien c’est éreintant, difficile et utile à la bonne marche du monde. Exprimer de la gratitude les quelques secondes que durent le spot publicitaire ou la lecture de l’image en question.
Apporter une prétendue solution qui aidera les femmes à continuer à faire toutes ces choses en gardant le sourire.
Hop, la marque est placée. Elle se positionne en gentille alliée des femmes/mamans, qui a compris leur vie et leurs attentes, qui les remercie et les soutient.
À en juger par les réactions des femmes autour de moi, ça marche, c’est très populaire.

Sauf que. À aucun moment on ne se dit que quelque chose cloche ?
Pourquoi cette vie de fou, à gérer le travail, la maison, les enfants, la cuisine, les courses, à devoir rester belles, sociables, sportives ? Pourquoi seulement les femmes ? Pourquoi fait-on semblant que « finalement c’est pas si grave, regardez elle sourit quand même, elle est juste un peu fatiguée, 5 min de pause (avec le produit X ou Y) et ça repart » ?

Complimenter les femmes/mères pour se les mettre dans la poche, les faire passer pour des martyrs volontaires, c’est une manière de les conforter dans cette place (de personne qui sert les autres). C’est un peu le Corbeau et le Renard. Les faire passer pour des héroïnes, c’est leur donner des miettes de valorisation pour qu’elles ne remettent surtout pas en cause l’injustice de la situation.
La solution au problème c’est pas une barquette de surgelé pour faire le repas plus vite, c’est un partage des tâches juste et équilibré, dans le respect de chacun.

Le but des marques n’est sans doute que de vendre, peu importe les conséquences indirectes, je ne les accuse donc pas de volonté sexiste, mais dans les faits leurs publicités sont sexistes. Et ce genre de messages répétés encore et encore, ça participe très concrètement aux inégalités et aux mauvais rapports hommes-femmes.

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15 commentaires

  1. J’étais contente d’entendre mon mari dire, en regardant le premier spot publicitaire: « Et le père, il ne sait pas cuisiner? » Car même si lui-même sait à peine cuire des pâtes, si je ne suis pas là, il arrive quand même à se débrouiller avec les enfants!
    Je suis d’accord en tout point avec ce que tu dis et je vais de nouveau partager ton article. Je vois que tu me remercie à chaque fois sur Twitter mais c’est normal, c’est plutôt moi qui te remercie d’écrire des textes aussi vrais et percutants, il faut que tout le monde les lise! 😉

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    • Merci encore pour ton soutien 🙂

      Et ton mari a tout compris. A la limite peu importe qu’il sache cuisiner ou pas, on ne devrait pas par défaut mettre les gens dans des cases et décider par avance ce qu’ils peuvent/doivent faire, juste en raison de leur sexe/genre.

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  2. Et bien, et bien! Cette article aide à mieux voir les choses. Flatter n’est pas une bonne raison pour rendre le déséquilibre normal, pour en faire ce qui est le mieux. Et la première publicité, elle… là, c’est un peu trop pour moi. Envoyer cette image aux gens d’une maman… Je n’en suis pas une encore, mais j’aime à croire que si j’en suis une un jour, ce ne sera pas pour représenter cela. J’ose l’espérer.
    Mais tout de même, bonne journée des mamans à toi.
    Parce que si ce n’est pas la façon dont je crois qu’il faut leur dire notre amour, je crois qu’il faut tout de même le faire, et reconnaître à quel point ça peut être grand et beau d’être maman.
    K.

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  3. Wouahou!! Chez nous, nous n’avons pas de télé et je suis terriblement choquée de voir à quel point la première pub est sexiste (clairement l’Homme ramène l’argent et la femme c’est la boniche du foyer…). Finalement on se porte bien mieux sans télé!! Pas de sexisme à la maison, chacun participe aux différentes taches et c’est tellement plus agréable de partager. Merci de montrer et dire la réalité, surtout pour les familles qui regardent la télé et qui tombent le panneau de la banalisation de cette discrimination.

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    • Depuis que j’ai à nouveau une télé, je suis crispée à chaque fois que je vois la page pub. C’est dingue le nombre de trucs scandaleux qu’on nous met sous les yeux encore et encore. Et je ne m’en rendais pas vraiment compte avant. Banalisation et intériorisation des discriminations en effet.

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  4. Intéressant encore, cet article ! Le comble avec la pub Marie, c’est que pour moi, « cusiner, c’est aimer » mais sortir un plat Marie du frigo, ce n’est pas cuisiner. Par contre, mon mari utiliserait volontiers ce genre de chose. « Marie » ne serait donc finalement pour les « maris » et non pour les femmes qui font les choses avec leur coeur ?

    Personnellement, j’aime aussi beaucoup la seconde vidéo du job le plus dur du monde. Je me souviens retournant à mon boulot après mon premier congé maternité : c’était comme des grandes vacances d’allumer mon portable et de ne plus avoir que des mails à lire. Je trouve que l’activité des mères au foyer est trop dévalorisée mais je sais que je me lance là dans un autre débat.

    Pour revenir à ton article, oui, les pubs sont sexistes. Et si le rattrapage entre les tâches assumées par les hommes et les femmes n’est pas encore total, c’est peut-être aussi que hommes et femmes n’ont pas les mêmes valeurs. Personnellement, j’ai envie de tout faire à fond et c’est cela qui me conduit à en faire tant. Et en tant que mère, je me dis que nous avons aussi notre rôle à jouer dans l’éducation de nos enfants pour mettre fin à cet état de fait.

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    • Ce que je dénonce c’est le fait qu’avec le droit de travailler obtenu par les femmes, il n’y a pas eu de rééquilibrage de la société.
      Donc en gros si les femmes travaillent, elles le font EN PLUS de la gestion du foyer. Donc une double journée. Les hommes ne se sont pas vraiment mis aux partages des tâches (80% des taches ménagères sont encore effectuées par les femmes en France).
      C’est là qu’on s’est fait avoir si je puis dire.

      D’autre part, effectivement une femme qui reste au foyer n’obtient aucune gratitude réelle. On aura toujours tendance à trouver qu’elle n’en fait pas assez, qu’elle ne fait rien de ses journées, qu’elle est entretenue par son conjoint, etc.

      Dans les deux cas on est perdantes.

      Ce n’est pas pour rien que les hommes sont généralement bien accrochés à leur place de personne qui travaille et ramène l’argent à la maison : plus valorisant et finalement moins fatiguant comme situation.

      Quant aux valeurs, je suis d’accord : on n’a pas les mêmes. Parce que dès la petite enfance, on met des poupées, des dinettes et des balais dans les mains des petites filles et on dit aux garçons qu’ils doivent être forts, aller à l’aventure, à l’extérieur, puis protéger leur chérie par leurs force et leur argent (je schématise mais c’est vraiment ça la substance).

      Et oui en tant que mère je me suis toujours juré de ne pas perpétuer ce sexisme ambiant.

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      • Ayant une fille et un garçon, j’essaie de ne pas reproduire les vieux schémas et je trouve cela vraiment difficile. Et pourtant, j’ai le bonheur d’avoir un petit garçon très tendre et très proche de moi. Malgré moi, je me suis même surprise l’autre jour à dire à une amie à qui je proposais de prendre son fils à goûter que bien sûr, je n’allais faire des colliers de perle comme j’en avais fait avec des filles deux jours avant… Complètement débile sachant que ce qui intéresse les enfants, ce n’est pas forcément tant le fait de faire un collier que d’enfiler des perles… Mais tout cela est sans doute un formatage de plusieurs générations dont j’ai du mal à me défaire.

        Avec cette phrase, tu résumes très bien la situation :
        « Ce n’est pas pour rien que les hommes sont généralement bien accrochés à leur place de personne qui travaille et ramène l’argent à la maison : plus valorisant et finalement moins fatiguant comme situation. »

        Et pourtant, je pense que dans 30 ans, il ne me restera pas grand chose de tout mon travail. Alors que quoi de plus beau que d’avoir vu s’épanouir un enfant devenu adulte, autonome et bien dans sa peau ?

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        • Je suis d’accord.
          J’ai personnellement fait le choix de réduire mon activité professionnelle pour m’occuper de ma fille autant que besoin (j’ai la chance de pouvoir jongler entre les deux) et je n’ai aucun regret.
          Ce qui m’agace c’est que je récupère presque toutes les corvées ménagères du coup. Et que j’ai parfois droit aux reproches que tout n’est pas nickel. Le problème ne vient pas tant du fait d’avoir un enfant que de la répartition injuste de l’ensemble des taches à accomplir.

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    • Ca peut faire penser en effet !!

      Hum je suppose qu’il y aurait aussi des choses à dire, mais je ne pense pas maîtriser vraiment le sujet.
      Tu veux parler du fait que la responsabilité de la contraception retombe plus sur les épaules des femmes que des hommes ? et le fait qu’on soit automatiquement orientée vers une prise d’hormones (on prend des médocs qui perturbent notre corps alors qu’on est en bonne santé à la base) ?
      En fait étant moi-même dubitative sur les autres moyens de contraception (féminin ET masculin) pour mon propre cas, j’aurais bien du mal à faire un billet dessus je crois.

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