Sevrage naturel

L’allaitement de ma fille vient de prendre fin (à Noël en fait), après 28 mois.

1559689_10152147375909653_2059289399_nMerci Roselyne pour cette illustration !

Je souhaitais atteindre les 2 ans de mon enfant puis réduire petit à petit, sans heurts pour arriver au sevrage naturel, à sa demande. C’est ce qui s’est passé. J’en suis très heureuse.
D’autant plus que je me rends bien compte que les allaitements qui durent autant sont rares.

Entre les femmes qui ne souhaitent pas allaiter.
Celles qui voudraient mais qui ne peuvent pas, pour une raison ou pour une autre.
Celles qui allaitent quelques semaines ou quelques mois, puis arrêtent par choix ou non.
En France, il reste finalement peu de femmes qui nourrissent de leur lait leur enfant jusqu’à 2 ans ou plus.

Pour rappel, les études, notamment anthropologiques indiquent qu’un allaitement humain devrait durer entre 2 et 3 ans. L’OMS préconise d’ailleurs 6 mois d’allaitement exclusif et 2 ans d’allaitement au total.

Pourquoi l’allaitement est-il minoritaire par rapport aux biberons de lait artificiel ?
J’avais déjà écrit un article en rapport avec l’allaitement, bien que sur un axe différent. Je ne vais donc pas me répéter.
Simplement, en tant que consommateurs potentiels, nous sommes la cible de campagnes de publicité dont celles incitant à considérer comme normal et automatique l’utilisation de lait artificiel pour nourrir son bébé. Pour preuve, on voit même parfois des pancartes sur les berceaux transparents des nouveaux-nés (ceux indiquant leur nom, date de naissance, numéro de chambre…) avec le logo Guigoz ou autre ! On reçoit, sans rien demander, des échantillons ou des goodies de marques de lait, de couches (autre grand sujet les couches !), etc. Les poupées sont livrées avec biberon, les représentations de mères allaitantes sont minoritaires dans les livres, dessins animés pour enfants…
Face à ça, l’information objective a bien du mal à faire son chemin. La formation du personnel des maternités est bien souvent insuffisante également.

[Petit coup de gueule]
En vérité, il est absurde de parler d’ « allaitement long » dans un cas comme le mien alors que ce sont les allaitements de 2 ou 3 mois qui devraient être considérés comme des allaitements courts. (Je ne critique personne bien évidemment.) Tout comme il est inexact de parler des « avantages » du lait maternel par rapport au lait artificiel en termes de santé, au lieu de parler des risques liés au lait artificiel. Utilisons les bonnes formules pour décrire correctement les faits. Les mots comptent, encore plus au niveau inconscient que conscient.

Ayant toujours pensé allaiter, j’ai profité de cette bibliothèque gigantesque qu’est Internet pour me renseigner lors de ma grossesse. J’ai ainsi appris énormément de choses, d’astuces et j’ai compris qu’un bébé avait besoin de lait plus que quelques mois. Des sites comme ceux de La Leche League (de l’espagnol « Leche » = « Lait » -prononcez « létché »), l’excellent blog Allaiter avec bonheur et raison et bien d’autres sites, parfois plus généralistes sur la parentalité ou la science, sont d’une grande utilité quand on se lance dans cette belle expérience. En outre, il ne faut pas hésiter à contacter une consultante en lactation au besoin 🙂
Car il faut être préparée.
Allaiter c’est naturel pour le corps, mais ce n’est pas inné, ça s’apprend.

J’ai aussi eu la chance d’avoir le soutien dont j’avais besoin de la part de la sage-femme qui assurait mes cours de préparation à l’accouchement, notamment concernant la position du bébé par rapport au sein (ce qui est capital pour la réussite de l’allaitement), et de la part des infirmières (quel était leur poste en fait?) de la maternité où j’ai accouché. Celles-ci ont résolu un problème courant mais dont je n’avais pas connaissance : une montée de lait trop forte, empêchant le lait de sortir correctement et rendant les tétées extrêmement douloureuses (le seul moment où j’ai pensé arrêter l’allaitement). Grâce à leurs conseils, j’ai pu nourrir mon enfant et la douleur a complètement disparu en quelques jours.
Un grand merci à ces personnes.

allaiter

Brochure Allaiter mon bébé qui résume les points d’interrogation courants

Ma fille a bien grandi au rythme des tétées et appréciait tellement ces moments qu’un peu avant ses 2 ans, je commençais à me dire qu’elle n’était pas prête à y renoncer. Mais, comme c’est souvent le cas avec les enfants, les évolutions se font par palier.
En grandissant, en s’intéressant à de nouvelles choses, en étant de plus en plus autonome, elle a commencé à moins réclamer. Puis elle a préféré avoir une chanson ou une histoire le soir avant de s’endormir. Tout s’est fait tellement en douceur que je n’aurais même pas osé imaginé que tout se passerait si facilement (je sais j’ai de la chance). Elle est passée à autre chose et moi aussi. Ces souvenirs précieux resteront – clairement pour moi, de façon inconsciente pour elle.

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16 commentaires

  1. Merci de partager ton expérience. C’est la première fois que j’entends s’exprimer une mère qui a allaité bien plus de quelques mois. Je n’ai pas d’enfants et j’imagine que l’allaitement sera une grande source de questionnements si j’ai des enfants un jour…

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    • Pour les témoignages divers, le site Je suis une Seinte est super. 🙂

      Je pense que c’est important de montrer qu’on existe, qu’allaiter un bambin n’a rien de bizarre, qu’allaiter tout court (même en dehors de chez soi) n’a rien de bizarre non plus… Je pourrais en faire un autre billet tiens. 🙂

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  2. Merci pour ce beau témoignage ! Nous en serons bientôt là, ma p’tite dernière et moi. Ce sera mon premier sevrage naturel et je l’attends avec un mélange d’impatience joyeuse et d’appréhension à saveur de nostalgie. Elle a eu 2 ans en octobre, elle avait décidé qu’elle ne voulait plus téter le jour depuis 3 mois, mais s’accrochait aux boires du matin et du soir comme si elle n’allait jamais y renoncer. Puis, voilà, comme ça, sans prévenir, elle a décidé en janvier que le soir, « pu lait-lait maman ». Je suis rassurée, émue, de voir que le sevrage est vécu semblablement par d’autres, que c’est le signe que cela se fera en douceur. D’ici-là, nous savourons la tétée du matin. Encore quelques temps…

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  3. C’est beau comme tu parles de ton allaitement.

    Je partage ton sentiment. On ne fait pas de l’allaitement long, mais un allaitement normal. De la même manière, le lait artificiel doit rester ce qu’il est : artificiel, et pour pallier l’absence de lait maternel (même si cette absence est due au choix de la mère et qu’il faut respecter ce choix.).

    Les mots sont importants ! Ce qui me gave c’est « nan, mais, faut pas en parler, ça culpabilisera la mère qui fait pas comme ça » ». Là, je dis STOP ! Parce que si la mère se sent culpabilisée, c’est qu’elle n’est pas au clair avec son propre choix et c’est sa part à elle, pas la mienne. 🙂 (Et, évidemment, je dis ça pour autant qu’il n’y ait pas de jugement, hein ! 😉 ).

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    • Merci 🙂

      C’est un peu une façon de couper court à tout dialogue et à toute réflexion, ce relativisme. Dire que tout se vaut, et qu’il faut se taire sinon on risque de culpabiliser, stigmatiser.
      Mais enfin, on parle bien d’informations là ! Comment peut-on être contre ça ? Le fait de ressentir de la culpabilité, ça veut dire qu’on n’est pas sûr de soi en effet. Moi quand je vois des pub de lait artificiel, ça ne me fait pas culpabiliser, ça m’énerve c’est tout.

      A part quelques individus qui se mettraient à harceler les autres (ça doit être bien rare !), je crois que les mères qui parlent d’allaitement (bien souvent de LEUR allaitement) n’ont pas de mauvaises intentions. Il s’agit de contrer cette propagande commerciale qui voudrait nous faire acheter tout et n’importe quoi, même si c’est inutile, même si c’est nocif pour les tout-petits.
      Bien sûr personne n’est mort d’avoir consommé du lait artificiel, mais c’est comme un enfant qui va manger de la junk food tous les jours, c’est pas terrible, c’est un fait.

      De plus quand j’entends sur le net ou IRL toutes les mères qui me disent qu’elles auraient aimé allaiter/ allaiter plus longtemps et qui ont été mal conseillées, ça me fait un pincement au coeur.
      Donc pour les mères, pour les bébés, et pour la cause animale, il est important de relayer les faits au sujet du lait artificiel par rapport à l’allaitement.

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  4. L’allaitement de mon fils a duré jusqu’à ces 30 mois a peut près. Et il ne s’agit pas pour lui de souvenir inconscient : plus d’un an après, il en parle encore (« mmmhhh! c’était bon le lait de maman »)! je te souhaite de vivre ca aussi

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    • Merci, c’est super ça . Je l’espère aussi pour ma fille.

      D’autre part, elle donnait la tétée à sa poupée, mais là je vois qu’elle commence à vouloir donner le biberon, par imitation de ce que d’autres lui montrent à l’extérieur. Je trouve ça bien dommage…
      Mais vu que je compte avoir un deuxième enfant, je sais qu’elle me verra allaiter et que ce sera l’occasion de se remémorer son allaitement à elle.

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  5. Bienvenue au club 🙂
    Je totalise plus de quatre ans d’allaitement avec deux enfants allaités chacun un tout petit peu plus de deux ans 😉 Dire qu’un jour j’avais ouvert de grands yeux en entendant une maman dire quelque chose de ce style ! Et finalement, mes allaitements ont été deux magnifiques aventures, complètemnet différentes l’une de l’autre. Et entre aspect, ils ont joué un role dans ma prise de conscience d’un sujet qui nous passionne toutes les deux : nous sommes des mammifères et nous devons respecter les autres animaux femelles !

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    • J’entre volontiers au club !
      Bravo pour tes deux allaitements 🙂 J’espère réussir le prochain (si prochain il y a) et revivre de si beaux moments.

      Le fait d’allaiter a tendance à faire ressentir d’autant plus fort les violences de l’industrie laitière notamment. En tout cas, ça a été le cas pour moi.

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  6. Très bel article, dans lequel je me reconnais forcément, j’avais mis un com il y a quelques temps mais je réalise qu’il n’est pas passé, j’ai dû faire une fausse manip !

    Je disais donc que mon enfant a 2 ans et 9 mois et il est toujours allaité à sa demande (parfois 1fois par jour,parfois 2, parfois 1 tétée en 2 jours). Je crois qu’on arrive à la fin mais c’’est lui qui décide en fonction de ses BESOINS (parce que oui la tétée, c’est un besoin pas une lubie). Je ne ressens ni l’envie ni le besoin d’interférer avec un processus d’une telle importance, aussi bien sur le plan physio que sur le plan psycho-affectif . Au passage, l’impact sur la santé de la mère est bien trop souvent passé sous silence (à qui profite le crime?)… Jusqu’à – 25% de chance de développer un cancer du sein par année d’allaitement! C’est le genre d’info qui logiquement devrait être hurlée sur tous les toits. Et je ne m’attarderai même pas sur les effets protecteurs de l’allaitement quant aux autres cancers gynécologiques, l’ostéoroporose… On parle d’un élément influant de façon MAJEURE sur la santé publique ! Et pourtant… pas de campagne à l’image du Manger Bouger, médecins racontant un flot de conneries etc…

    En tout cas pour nous c’est sevrage naturel également, et je ne supporte pas d’entendre parler d’allaitement « long ». 2 ans et demi étant même une fourchette basse d’un point de vue biologique, la moyenne pour le petit être humain ne subissant pas un sevrage induit se situant aux alentours de 3ans (âge ou d’ailleurs l’on arrête de secréter l’enzyme nécessaire à la digestion du lait… Notre corps ne connait pas de hasard !)
    D’ailleurs pour l’hominidé humain on estime que l’âge du sevrage naturel se situe entre 2ans et demi/3ans et 7ans. Cela dépend de tout un tas de facteurs, constitution de l’enfant, facteurs environnementaux etc. Les Inuits par exemple allaitent en général entre 6 et 7 ans. Dans leur cas c’est une nécessité absolue. Sans cela, vu les conditions de vie bien rudes auxquelles illes sont soumis-e-s, on ne donnerait pas cher de leurs peaux :/

    Donc théoriquement, même à 5 ans, si l’enfant réclame toujours sa tétouille, factuellement on ne devrait même pas parler d’allaitement « long » puisque celui-ci s’inscrirait dans une fenêtre de temps qui ne s’écarte en rien des normes physiologiques. Il serait en effet plus juste de parler d’allaitement « écourté » pour les allaitements en dessous de 2ans et non l’inverse !
    Le reste n’est que désinformation, conditionnement patriarcal (« les seins c’est pour faire ba*der Papa, il faut arrêter le plus tôt possible » je paraphrase grossièrement le dangereux masculiniste Dr Ruffo), couplé à un conditionnement/social/culturel/lobbyiste (pas de mentions inutiles)

    Quelques petits liens sympas :

    http://renegadefeminist.com/random-thoughts/choosing-not-breastfeed-patriarchy/

    http://vivian.noel.free.fr/allait/allait_long.htm

    http://www.dur-a-avaler.com/allaiter-laits-maternises-sevrage-enfant-nourrissons/

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