No steak

J’ai enfin lu le fameux livre du journaliste français Aymeric Caron : No Steak.

Ce livre énonce des faits et des arguments allant dans le sens de plus de respect de la vie animale, mais l’angle d’approche et le style sont bien différents d’autres textes, et notamment de celui de Fabrice Nicolino et son essai Bidoche. Là où Nicolino s’intéresse avant tout à l’élevage industriel, Caron parle clairement de végétarisme.

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Je n’énumérerai pas en détail les habituels arguments en faveur du respect de la vie animale et du passage au végéta*isme. Le livre parle encore une fois de souffrance infligée inutilement à des êtres sentients réifiés, de répartition des richesses et des ressources naturelles, d’écologie, de santé…

Mais en plus de citer des chiffres et des déclarations d’experts de façon très pertinente, Aymeric Caron ose parler d’éthique dans nos rapports avec les animaux, le tout dans un style agréable et facile à lire. Un peu comme une discussion franche avec quelqu’un d’informé, de cultivé mais d’honnête et sans jugement.
Et ça c’est un parti pris intelligent et honorable de la part de Caron que celui de rester ouvert. Il ne rompt jamais le dialogue avec le lecteur qu’il soit végéta*ien ou non.

Les premières lignes de son livre font même preuve d’auto-dérision et de lucidité quant à l’image que le végétarisme renvoie encore aujourd’hui et aux difficultés de communiquer entre partisans des différents régimes alimentaires.
Il ajoute également beaucoup d’anecdotes personnelles, ce qui est quelque chose de non contestable puisque vécu (même si un cas particulier ne représente pas une généralité). Il casse ainsi pas mal de préjugés relatifs aux végétariens, il brise la glace.
Il a raison car c’est une des raisons qui peuvent faire abandonner l’idée de passer au végétarisme : la peur d’avoir une vie morne et d’être isolé-e socialement…

Le végétarien ne fait pas rêver. Il évoque l’austérité, l’ascèse, la contrition. Le végétarien est une espèce dissidente de la famille des Homo sapiens, dont il a choisir de s’exclure en s’enfermant dans une sinistre marginalité alimentaire.
[…]
Oui, le végétarien est chiant. Je sais de quoi je parle, j’en suis un depuis vingt ans.

Ce qui est gonflé dans No Steak, il me semble, c’est de répéter tout le long du livre que c’est sûr, bientôt nous serons tous végétariens !
Est-ce qu’à force d’entendre cela, il sera plus probable pour un omnivore de franchir le pas ? Est-ce que cette éventualité deviendra moins folle, plus acceptable, moins saugrenue, plus évidente ?

En tout cas, la démonstration faite dans No Steak appuie cette hypothèse et le lecteur aura sans doute bien du mal à la trouver farfelue après avoir pris connaissance des informations cruciales relatives à la consommation de viande et autres produits d’origine animale.
Que ce soit par empathie envers les animaux, par philosophie, par conscience écologique, par humanisme ou par souci de sa propre santé, le lecteur ne pourra nier que l’indifférence et le mépris serait les pires des réactions maintenant qu’il sait.

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Même si je lis de nombreux articles de presse, de blogs et des livres depuis plus d’un an maintenant, j’ai eu plaisir à lire No Steak parce que j’y ai quand même appris des choses.

L’aspect sociologique est par exemple plus développé que dans d’autres ouvrages (j’avoue que je sature d’infos statistiques et froides en ce moment).
La partie sur le cannibalisme est par exemple très intéressante. Cette pratique jugée immorale et intolérable actuellement et qui est pourtant répandue dans le temps et l’espace est donc à peu près aussi « naturelle » chez l’Humain que la consommation de chair en général. Pour autant nous l’avons abandonnée puisqu’elle est cruelle et inutile.

Dans le chapitre 6, Aymeric Caron expose des données scientifiques, historiques et anthropologiques. Il aborde l’évolution de l’alimentation des Humains depuis la préhistoire. Il rappelle que dans notre histoire évolutive, nous n’avons consommé de la chair animale que très tard, nous n’avons commencé à chasser que dans un contexte de grand froid où, les végétaux étant rares, il en allait de notre survie. Enfin nous avons eu besoin de développer des outils et de maîtriser le feu pour pouvoir consommer de la viande.

Il s’interroge par la suite sur l’incohérence d’un des arguments souvent avancés par les défenseurs du régime carné :

[…] pour expliquer pourquoi ils n’imaginent pas renoncer à manger d’autres êtres vivants, ils sont obligés de revendiquer leur plus profonde animalité, c’est-à-dire leur appartenance à la famille des espèces qui se bouffent entre elles pour ne pas être bouffées. Sauf que, dans le même temps, ils justifient la barbarie et le mépris avec lequel ils exploitent certains animaux non humains par le fait que ces derniers ne sont, eux, « que » des animaux (« Ce n’est que des bêtes ! »), sous-entendant ainsi que les humains n’appartiennent pas à cette catégorie.

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Aymeric Caron parle de deux rencontres avec des véganes dogmatiques qui se sont permises de le juger, lui qui n’est « que » végétarien. Cela lui a apparemment laissé un mauvais a priori de l’écueil dans lequel on peut facilement tomber lorsqu’on veut être végane. L’extrémisme, l’intolérance, l’arrogance de ceux qui font mieux que tous les autres…
Effectivement être végétalien-ne ou végane, ce n’est pas être parfait. C’est simplement essayer de faire au mieux. Ce n’est pas non plus se poser en juge. Le mieux est d’entamer le dialogue, d’informer. Nous avons tous nos incohérences et il ne faut pas tomber dans le mythe de la pureté. Pour autant, de façon factuelle, il est vrai de dire que quelqu’un qui consomme des oeufs et des produits laitiers à la place de la viande n’évite pour ainsi dire aucune souffrance animale dans nos sociétés modernes. C’est donc un engagement éthique non abouti d’être végétaRien. Cette cohérence qu’on peut qualifier d’extrémisme est surtout une attitude logique et radicale.
En vérité, Aymeric Caron est simplement tombé sur des personnes désagréables. Il tire pourtant de bonnes conclusions, en fin de compte (ce qui fait que je ne me suis pas vraiment sentie rejetée en tant que végane). Il est également en pleine réflexion au moment où il écrit son livre et ça se sent. Il se dit végétarien mais ne consomme presque plus de lait ni d’oeufs. Il est un peu « entre deux chaises » sur certains sujets (le cuir par exemple). A quoi bon vouloir absolument se coller un étiquette de toutes façons ?
Aymeric Caron sait aussi qu’il s’agit surtout de rester ouvert et prêt à changer.

J’ai également apprécié le petit panorama de la vision du végétarisme dans différentes cultures (particulièrement les Bishnoï d’Inde), et dans les différents courants de pensée à travers les âges. Il explique enfin les diverses positions des animalistes actuels, avec entre autres, le fameux débat entre welfaristes et abolitionnistes.

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Le gouffre financier que représente la production et la consommation de viande est également dénoncé. Les contribuables français paient de leur poche pour renflouer des industries non viables. Sans parler du néo-colonialisme qui maintient la misère dans d’autres pays.

Mais le plus incompréhensible, c’est le système cautionné par Bruxelles. Lisez plutôt : Doux, qui faisait alors travailler en France près de 800 aviculteurs bretons et 3 500 salariés payés au minimum, élève (« fabrique », plutôt) des poulets bas de gamme à la chaîne. L’entreprise exporte sa marchandise congelée vers le marché africain et l’écoule à des prix défiant toute concurrence, au grand dam des éleveurs locaux, dont ce système provoque la ruine. Pour que ces prix bas soient possibles tout en permettant à la famille Doux de s’enrichir, les subventions européennes compensent les pertes. Pendant des années, les dirigeants de l’entreprise ont donc été rémunérés grâce à votre argent, à vous lecteurs, pour produire une viande de qualité contestable qui a notamment servi à appauvrir encore plus des paysans démunis dans des pays sous-développés. Hallucinant.

La position du gouvernement français par rapport à l’élevage industriel est l’immobilisme, et même le soutien à l’incitation à la consommation de produits animaux.

Il est bien plus aisé de pousser au maximum les leviers d’une industrie existante (en l’occurrence celle de la viande et des produits de l’exploitation animale) que de mettre en place une agriculture totalement réformée sur le plan, qui s’appuierait uniquement sur les végétaux. C’est la même chose dans le domaine de l’énergie, où il est plus simple de continuer à parier sur le nucléaire que de développer les énergies nouvelles.

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J’ai aimé lire No Steak parce que je me suis sentie comprise, à l’aise.
Mais je ne sais pas exactement comment un non-végéta*ien se sent lors d’une telle lecture.
Apparemment le livre a été bien accueilli, mieux encore que ne l’espérait Aymeric Caron, lui qui constate que le végétarisme est de mieux en mieux accepté, même si le chemin est encore long.

C’est une bonne nouvelle. No Steak participe activement à la médiatisation de la question des droits des animaux et aux statut qu’il convient de leur accorder. La notoriété de l’auteur a sans doute aidé à faire connaître le livre, mais ce serait malhonnête de prétendre que son succès ne repose que sur le poste de Caron dans l’émission ONPC (émission qui n’a rien à voir avec le sujet et où les interlocuteurs frisent régulièrement la végéphobie).

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28 commentaires

  1. Je n’ai pas lu l’ouvrage et n’ai aucune intention de la faire, pour ne pas donner de l’argent à un personnage que je n’apprécie pas plus que cela. Je ne doute pas cependant de la qualité du contenu mais je me sens suffisamment informé sur le sujet. Reste à savoir qui le lira avec un tel titre.
    Une personne qui doute de son choix de vie, qui n’a aucune attirance vers la viande. Une personne ouverte donc et qui pourra effectivement être convaincue. Mais les autres ? Suivront-ils quand « la masse » sera devenue végétarienne. Toute la question est là, de créer le basculement.

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    • A vrai dire, je m’arrange autant que possible pour emprunter des livres à la bibliothèque parce que bonjour le budget à la longue si je devais tout acheter. Mais je comprends que si tu n’apprécies pas l’auteur, tu n’as sans doute pas envie de le lire. Moi du peu que j’en sais sur lui, je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il dit mais je trouve qu’il a l’air sincère quand il s’exprime. Et puis je voulais savoir un peu si ce livre était vraiment bien fait et à conseiller à des omni en pleine réflexion (je trouve que c’est le cas).

      Pour ce qui est de convaincre les gens, de toutes façons, c’est clair qu’on ne peut pas faire tout le travail de remise en cause pour autrui, on ne peut que semer des graines pour initier la réflexion. C’est le rôle de chaque article, blog, livre, vidéo, discussion… au sujet des droits des animaux…

      Pour les gens qui ne seront jamais convaincu, je crois qu’il n’y a que quand l’idée du véganisme aura atteint l’ampleur nécessaire pour devenir une force politique et changer les lois qu’ils devront bon gré mal gré arrêter de faire du mal aux animaux non humains.

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      • Autre exemple récent : Le numéro du Point (FOG est végé de longue date) sur le végétarisme avec un extrait du livre de Caron. Heureusement, j’ai eu des scans de ce torchon mais pour le coup il y avait à la fois des parties sincères et d’autres plutôt racoleuses.
        Effectivement, c’est un combat de tous les jours. Comme lorsqu’au resto d’entreprise je blague avec un collègue qui n’a aucun élément carné dans son plateau « alors tu es devenu végé, tu vois ».

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  2. Très intéressant ton article. Moi qui suis végé depuis relativement peu de temps, je peux dire sans honte que ce bouquin est un des tous premiers que j’ai lu sur ce sujet et qu’il a quasiment achevé de me faire « virer de bord ». J’apprécie ce que tu évoques en premier lieu : un certaine auto-dérision et un style agréable qui donne l’impression de tenir une conversation avec un mec raisonnable. Pour le reste et notamment les « réticences » d’iceman, je peux pas dire, je connais pas vraiment Caron autrement que par ce bouquin, qu’on m’a d’ailleurs offert. ^^

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  3. Je n’y connais rien aux théories sur le végétarisme ni sur quoi que ce soit, et franchement, je n’ai pas envie d’entrer dans de longues investigations (j’ai d’autres combats dans lesquels je veux investir mon temps disons) sur la question. Du coup je n’ai pas vraiment le végétarisme militant (ni honteux d’ailleurs) et je me retrouve dans pas mal d’aspects de ton billets, et dans les extraits de ce livre que tu évoques: c’est pas parce qu’on ne mange pas de viande qu’on est mieux que les autres, et puis peut-on adopter un mode de vie en Europe qui n’affectera ni humains ni animaux? Je n’en ai aucune idée mais c’est une des questions que je me pose.

    Ne me remercie pas pour ce commentaire mal renseigné et inutile, c’est gratuit! Moi en tout cas je te remercie de m’avoir fait découvrir ce bouquin!

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    • Mais oui, je te remercie pour ton commentaire.
      Ca me fait d’autant plus plaisir que quelqu’un de non-végé lise et commente ici, parce que j’ai vraiment à coeur de dialoguer plutôt que chacun regarde l’autre avec une sorte de méfiance ou d’incompréhension (et puis je lisais ton blog avant même d’ouvrir le mien alors ça me fait un peu bizarre :p).
      Bref.

      Hmm pour essayer de répondre à tes questions : Non c’est pas une question d’être mieux ni même une question de personne. C’est beaucoup plus compliqué que ça (et c’est valable pour toutes les causes). (Quasiment) tous les végé ont été omnivores avant ce serait donc stupide de jeter la pierre. Le souci dénoncé, c’est le système qui nous désinforme en tant que consommateurs et en tant que citoyens. Et ça c’est toujours extrêmement grave.

      Est-ce que toute l’Europe peut adopter « un mode de vie qui n’affectera ni humains ni animaux » ? Pour moi il est évident que même si on s’en contrefout du sort réservé aux animaux, la situation actuelle n’est pas viable pour nous humains. Ni économiquement, ni au niveau de la santé. Sans parler des problèmes écologiques. Donc le mode de vie actuel n’est pas tenable, il faut en changer (sur plusieurs plans d’ailleurs).
      Le mode de vie végane est totalement possible oui, pourquoi pas ? On aura toujours de la bonne nourriture, des vêtements, des divertissement, une médecine qui progresse… sauf qu’on ne tolérera plus la violence envers les animaux.
      C’est d’ailleurs transposable par rapport aux humains esclaves pour faire nos vêtements par exemple ou ceux qui meurent de faim.
      Beaucoup de problèmes pourraient être résolus et on sait parfaitement comment.

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      • Ah mais je ne mange pas de viande ni de poisson ni de choses décédées de manière générale! je ne me qualifierait pas comme végétarienne, parce que je ne surveille pas les étiquettes de bonbons, parce que je me dis que je ne veux pas manger de viande, après j’ai pas envie de porter toute la responsabilité des conditions d’élevage des animaux sur mon dos! Ceci dit je respecte tout à fait les gens qui sont prêts à faire tout ça.

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  4. @Faithfullyyours : Ah je savais pas !
    C’est vrai que c’est galère de tout vérifier.
    Bon moi j’avais pris l’habitude avant, par rapport à l’huile de palme et aux saletés chimiques qu’ils foutent partout donc au point où j’en étais. Enfin une fois que tu sais quelles marques/quels produits prendre c’est plus trop un souci. On a toujours tendance à acheter la même base de produits tous autant qu’on est.
    Après le côté militant, ça c’est fatiguant oui. On perd une certainte insouciance.

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  5. Enfin, pas les images tristes! Désolée, complètement oubliée cette précision! Je veux dire, la photo du singe avec la citation et l’homme qui tient un livre… c’est beau et vrai. Non, les autres images sont cruelles, vrai, mais affreusement vrai disons…

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  6. Personnellement, j’aimé le livre (il y a un an), et je ne connais pas spécialement Caron autrement que par ce livre. Donc je suis d’accord avec ton article. (Et ton blog est 100 fois plus agréable à lire que le mien…)

    Je reprends juste un truc, le passage végétariens/vegans : « Pour autant, de façon factuelle, il est vrai de dire que quelqu’un qui consomme des oeufs et des produits laitiers à la place de la viande n’évite pour ainsi dire aucune souffrance animale dans nos sociétés modernes. »

    Je ne suis pas d’accord.
    Un ovo-lacto-végétarien évite de la souffrance aux :
    – poissons
    – canards, oies, etc.
    – lapins
    – porcs
    – poulets de la filière à chair
    – bovins de la filière à chair
    – impact à calculer pour ovins et caprins (Les filières lait et chair sont elles distinctes ?… Je ne sais pas.)

    Soit au moins 950 millions d’oiseaux (+ les mammifères cités) en France, et probablement dix fois plus de poissons. Un végétarien éthique affaiblit déjà l’industrie de la viande.

    Un ovo-lacto-végétarien participe à la souffrance des 50 millions de poules pondeuses en France (enfermées, mutilées et tuées à 1 an), ainsi qu’à la mort des poussins mâles (donc a priori 50 millions aussi broyés/étouffés/gazés par an). Et certes il participe à la mort des veaux, chevraux, agneaux et aux conditions de vie et à l’abattage de leurs mères dans la filière laitière (quelque chose comme dix millions de victimes en tout), d’autant plus que les producteurs eux-mêmes ne cachent pas que la viande de ces filières n’est qu’un sous-produit du lait et des oeufs… Mais malgré tout, l’ovo-lacto-végétarien réduit considérablement la souffrance causée en comparaison du carniste, surtout s’il n’augmente pas sa consommation d’oeufs et de produits laitiers en compensation.

    Je pense que c’est important de rappeler tout ça. Devenir ovo-lacto-végétarien alors qu’on était carniste, c’est une étape importante. Ca réduit par dix le nombre de victimes terrestres, et ça réduit par au moins cent le nombre de victimes en comptant les poissons. Et ça affaiblit d’autant l’industrie animale. Si la société était déjà majoritairement végétarienne, la transition végane serait d’autant plus simple.

    On n’a pas le droit de dire à un ovo-lacto-végétarien : « Ce que tu fais ne sert à rien. ». Ce qu’il fait est déjà gigantesque. Ce qui ne doit pas l’empêcher d’accepter de continuer à évoluer, parce qu’il reste encore beaucoup à faire. (Comme n’importe qui sur n’importe quel sujet, d’ailleurs.)

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    • Merci pour tes précisions, je n’avais pas tous ces chiffres.

      Cela dit quand tu dis « surtout s’il n’augmente pas sa consommation d’oeufs et de produits laitiers en compensation. », c’est justement ça qui me turlupine. J’ai l’impression (mais je me trompe peut-être et puis ça doit simplement dépendre des gens) que les végétariens se rabattent beaucoup sur les produits laitiers (fromage, crème…) et les oeufs pour égayer leurs repas, pour compenser la viande. Ils ne sont pas forcément dans la démarche de changer vraiment de façon de cuisiner.
      Du coup l’identité des victimes diffèrent mais si, et je dis bien si, la chair animale est à chaque fois remplacée par des produits laitiers/des oeufs, au final je vois pas trop la différence (il y en a peut-être une en nombre de victimes).

      Je ne dis pas ça pour critiquer les végétariens en eux-mêmes. C’est déjà super de prendre conscience qu’il y a un problème mais je trouve que si on fait ce choix par éthique, la cohérence voudrait qu’on devienne végétalien-ne.
      J’espère ne pas blesser ou décourager qui que ce soit.

      (Merci pour le compliment sur mon blog mais c’est WordPress qui est plutôt joli 😀 et puis le contenu de ton blog est franchement super – les gens visitez-le c’est un ordre) !

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  7. En fait, en écrivant mon commentaire, j’ai repris les chiffres de Bidoche et fait une petite rechercher sur L214 pour le nombre de poules pondeuses. (J’ai oublié de préciser que c’était le nombre de tués par an, bien sûr.) Je trouve ça relativement important d’avoir les ordres de grandeur en tête (même si les chiffres exacts changent chaque année… et on aimerait qu’ils changent encore plus vite… et dans le bon sens).

    Bref, avec ces chiffres, on se rend assez vite compte que les premières victimes sont les poissons, puis les oiseaux, puis les mammifères (lapins, puis porcs, puis ruminants). Avec grosso modo un rapport de dix à chaque fois. Et en bout de chaîne, les ruminants et bovins à chair sont les plus « privilégiés » (plus longue espérance de vie, plus de liberté). Ca n’est d’ailleurs pas sans raison que l’industrie de la viande représente toujours « la viande » par une vache en train de brouter dans un champ : C’est la seule image de l’industrie de la viande qui soit supportable, et qui soit visible par n’importe quel consommateur le long des routes. Les seuls animaux visibles, puisque les seuls qui ne soient pas en élevage intensif.
    Mais concrètement, manger un steak est peut-être l’acte carniste le plus « éthique » en comparaison de toutes les autres viandes.

    Du coup, je ne sais pas si on a tendance à augmenter sa consommation de produits laitiers et oeufs en devenant ovo-lacto-végétarien. Ca dépend de l’intensité de la peur de la carence en protéines, et des informations dont on dispose.

    A priori, l’impact souffrance du lait est du même ordre de grandeur, en nombre de victimes, que l’impact souffrance du fait de manger de la viande de ruminants (Mais plus élevé malgré tout, du fait qu’on tue des bébés et que les vaches laitières souffrent plus et sont tuées plus jeunes que les vaches à viande.), mais sans comparaison avec l’impact souffrance de la viande de porcs, de lapins, de volailles, de poissons…

    Quant à l’impact souffrance oeufs, il est bien plus important que l’impact souffrance viande de ruminants et/ou lait, mais quand même dix fois moins important que de manger directement des poulets (En nombre de victimes, du moins. Ils ne sont pas en batterie, mais ils sont quand même en élevage intensifs. Donc ça vaut au moins les oeufs 2, 1 et 0.).

    Bref, je pense que les végétariens sont cohérents par rapport aux informations dont ils disposent :
    – Savoir ou pas que manger des oeufs ou du lait causent souffrance et morts.
    – Savoir ou pas qu’il est possible de s’en passer.
    – Savoir comment s’y prendre.
    – Savoir comment être capable de continuer à prendre plaisir à manger.
    Et puis être capable d’affronter de nouvelles contraintes et une pression sociale encore accrue.

    C’est surtout ça qui m’embête : De décourager les futurs végétariens (ou faire baisser les bras aux végétariens), alors que l’abolition de l’exploitation animale a besoin de tous les efforts possibles. Il ne faut pas laisser de fausses croyances se perpétuer, bien sûr (et donc faire croire que « ovo-lacto-végétarisme = zéro souffrance » ou « végétalisme = impossible »), mais il ne faut pas non plus décourager et atténuer l’importance des premiers efforts, qui sont malgré tout nécessaires. (Sans même parler de le revendication éthique implicite dans le végétarisme => tuer des individus sensibles sans nécessité n’est pas acceptable).

    Maintenant, j’ai bien conscience aussi que les industries des oeufs ou du lait (surtout du lait, probablement, avec son immage immaculée d’Aliment Santé) servent de fusible à l’industrie de la viande, d’arrière garde, que « Si on n’arrive pas à mettre de la chair animale dans tous les produits transformés, alors mettons-y au moins du lait. Avec lui, on a déjà les deux pieds dans le milieu Santé. »… Mais bref.

    Voilà quoi qu’est-ce que je voulais dire.

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    • Merci pour cette analyse récapitulative. Ca m’aide à y voir plus clair et à préciser mon avis.

      En tout cas, encore une fois le but n’était pas de démoraliser les végétariens. J’ai simplement rebondi sur un point abordé dans le livre de Caron (la différence VGR/VGL).

      Après chaque personne a son vécu, son cheminement, etc. donc chacun prend des décisions qui ont un sens pour lui/elle.
      Personnellement je ne me reconnais pas dans le fait d’arriver à changer d’alimentation pour certains produits mais pas pour d’autres, mais je comprend bien que le végétarisme a déjà une grande utilité et que tout le monde agit et réagit à sa façon.

      A la limite, je trouve que les produits laitiers et les œufs sont plus faciles à remplacer que le reste car la viande c’est du muscle, du sang donc c’est violent en soi quelque part. Mais quand je lis nombre de personnes avoir du mal à arrêter le fromage par exemple (comme une sorte d’addiction), je me rends compte que ce n’est pas le cas. Moi je n’aimais déjà pas le fromage. En plus j’étais en plein allaitement donc ça m’a d’autant plus paru bizarre tout à coup de prendre le lait d’une autre espèce et de priver un petit de ce lait et de sa mère…

      Enfin bref je ne suis pas du tout pour une opposition/animosité ou un jugement entre VGR et VGL. C’est d’ailleurs pour ça que je comprends que Caron ait été un peu échaudé par sa rencontre avec des VGL désagréables/hautains.

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  8. Il faut absolument que je me mette à lire ce livre. Je l’ai acheté, mais depuis, je n’arrête pas de le faire tourner dans mes amis/famille, et au final je ne l’ai toujours pas lu ! Mais mon père, qui la lu, m’a dit qu’il était fort répétitif et qu’après 2/3 du livre, on en a un peu marre. Mais je vais quand meême le lire pour me faire mon opinion je pense.

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    • Et disons que pour les personnes qui sont déjà au courant de ces problématiques, ça sonne un peu répétitif mais bon (par rapport à nos précédentes lectures/vidéos…) mais je l’ai trouvé intéressant quand même.
      Chaque personne présente les faits à sa manière et on peut toujours apprendre de nouvelles choses.

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  9. J’ai lu ce livre aussi et, à cette époque, j’étais une bonne carnivore. Alors je peux, peut être, me permettre d’éclaircir ton interrogation sur la réaction de ces derniers à la lecture de cet ouvrage. Je connaissais l’impact de l’élevage industriel sur nos santés et sur la planète. La deuxième conséquences étant celle qui me gênait le plus. Et j’ai voulu me renseigner , j’ai acheté ce livre, un pur hasard je pense : je ne connaissais pas du tout l’auteur ( honte à moi qui ne regarde pas la télé). En plus d’être parfaitement bien argumenté et d’apporter une grande culture générale; c’est un livre qui remet en cause toute une vie; une éducation, une culture, des habitudes. Au commencement du livre, je me suis dis que je devais ralentir ma consommation, au milieu du livre, je me suis dis que je ralentirais ET ne mangerais plus que de la viande issu de l’agriculture responsable et à la fin du livre, j’ai cessé de manger de la viande. Il reste pour moi un ouvrage très percutant, que tout le monde devrait lire. Si je devais résumer le livre en une phrase je pense que je dirais que manger de la viande n’a, pour moi, absolument aucune pertinence, aucun intérêt. Aujourd’hui, incohérent est celui qui se nourrit d’animal. Si j’osais, je dirais que c’est un peu ma bible et je m’en inspire beaucoup pour expliquer ce qui m’a fait me tourner vers « le mal » qu’est le végétarisme 😉
    Bonne continuation.

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    • Merci pour ton retour Sophie !
      Je pense également que ce livre peut beaucoup aider à prendre la décision de réduire, voire d’arrêter la consommation de viande. Le plus dur reste peut-être de commencer la lecture quand on est omni.
      Je veux dire par là, qu’il faut sans doute être déjà un peu sensibilisé sur au moins un des arguments pour en venir à affronter les infos contenues dans ce genre de livre.
      D’où l’importance de la multiplication des sources d’informations et l’intérêt de ne pas parler que de souffrance animale.

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  10. Hello,
    je suis en train de lire le livre, riche en informations, en faits, ça peut aider des carnistes à sauter le pas, et c’est très bien. En revanche concernant le véganisme, le journaliste est dans la diabolisation. Il ne se contente pas de parler de rencontres avec deux véganes pas sympas. Il écrit (page 306 de l’édition poche) :
    « Ainsi le végan ne peut dîner dans un restaurant non végan, dans la mesure où les oeufs et le lait de vache dans la mesure où le lait de vache et les oeufs sont utilisés dans beaucoup de recettes classiques. Le végan ne peut pas non plus dîner chez des amis qui ne partagent pas ses principes, même s’ils sont végétariens. Les végans ont donc tendance à vivre entre eux, isolés du reste du monde, ce qui a naturellement des répercutions sur leur vie amoureuse, et même sexuelle ».
    J’arrête de citer, mais Caron continue sur quelques lignes.
    C’est caricatural, et bien sûr faux. Vraiment navrant.
    Je vois bien que certain.e.s véganes sont agressifs et culpabilisants, ça existe, mais certain.e.s végétariens propagent une image volontairement erronée des véganes (à mon avis dans le but de justifier leur végétarisme qui paraît en regard plus « normal »).
    Dommage.

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    • Moi j’ai eu l’impression qu’il décrivait surtout le fait qu’il est plus compliqué d’être végane (ce qui est vrai), je ne l’ai pas trouvé si dur que ça.
      Et puis, je pense que son avis est susceptible d’évoluer. Y a qu’à voir le discours qu’il tient à la télé, lors de campagnes pour les animaux, et le fait qu’il sort en mars un nouveau livre, intitulé « Antispéciste ».
      À suivre !

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