Un éternel Treblinka

L’an dernier, j’ai demandé comme cadeau de Noël un livre.
Un livre dont j’avais entendu beaucoup de bien et qui m’intéressait beaucoup puisque j’étais en pleine réflexion/découverte de la réalité concernant notre rapport aux animaux.

Ce livre s’intitule Un éternel Treblinka (Eternal Treblinka – j’ai lu la version originale en anglais), écrit par Charles Patterson.

Eternal Treblinka: the book

Le titre de ce livre fait référence à une phrase écrite par l’auteur juif Isaac Bashevis Singer dans un de ses ouvrages (The Letter Writer). L’un de ses personnages s’étant attaché à une souris, il finit par prononcer les mots suivants : «Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. »

Le ton est donné. Il sera question de notre rapport aux autres animaux, des mécanismes générant et justifiant la violence. C.Patterson ose lever un tabou en faisant des parallèles entre la violence entre être humains et la violences des humains envers d’autres animaux tout au long de l’histoire, en s’attardant plus particulièrement sur l’épisode funeste du nazisme. 

Le livre se divise en trois parties.

« Erreur capitale »
Patterson retrace, par des exemples frappants, la domination et l’insensibilité – voire la cruauté – des humains envers les autres animaux dans l’histoire.
Puis, il explique comment des noms d’animaux sont fréquemment utilisés comme des insultes (« cafards », « singes », « rats », « porcs », etc.), dénotant ainsi du mépris ressenti par certains humains et parfois encouragés dans nos civilisations envers les autres créatures, en raison de leur apparence, de leur façon de vivre, de leur intelligence supposée inférieure… Cette vision spéciste est également discriminante / raciste puisque des groupes d’humains (ethnies, femmes, handicapés) sont ainsi insultés de façon globale et injuste.
Les animaux ainsi nommés pour insulter des humains sont ceux les plus méprisés et maltraités. Ils ne valent rien, il est normal d’être violents envers eux. Les humains qu’on qualifie d’animaux (donc de sous-humains) sont ainsi réduits eux aussi à des êtres insignifiants qu’il faut maltraiter, voire éradiquer.

« Espèce suprême, race suprême »
 « Auschwitz commence lorsque quelqu’un regarde un abattoir et se dit : ce ne sont que des animaux. » Theodor Adorno
La deuxième partie enchaîne en démontrant que l’eugénisme, l’extermination systématique et industrialisée d’êtres humains tire son origine dans les pratiques infligées auparavant aux animaux.
J’ai ainsi appris que Henry Ford était un antisémite notoire, ami de Hitler et qu’il avait grandement contribué à l’organisation de la Solution Finale. Le Fordisme est né de l’observation par Ford des abattoirs de Chicago, que la mécanisation et l’industrialisation avait marqué. En voyant ces animaux ressortir en « pièces détachées », il eut l’idée du travail à la chaîne pour monter des voitures. C’est ce qui inspirera les camps de concentration et d’extermination Nazi où tant d’innocents trouveront une mort froide et mécanique.
L’auteur aborde ensuite le sujet de l’eugénisme. On apprend avec un certain étonnement que d’importants chefs Nazi (par ex. Himmler) venaient de l’univers de l’élevage et de l’agriculture et que l’eugénisme pratiqué communément pour modifier et « améliorer » les races de bétails et éliminer les individus trop faibles ou différents a ainsi été transposé sur les humains, comme si c’était normal et anodin, presque humaniste. La stérilisation forcée puis l’euthanasie des personnes jugées déficientes et donc à éliminer car handicapées, homosexuelles, Juives, etc. ont été pratiquées aux États-Unis puis en Allemagne dans les années 40.
Les Nazis des camps d’extermination exécutait les ordres d’autant plus facilement qu’ils avaient travaillé dans des centres agricoles et des abattoirs.

Le mythe d’un Hitler végétarien est ensuite totalement démoli. Le dictateur n’aimait pas les animaux et maltraitait même son propre chien. Il qualifiait volontiers ses ennemis de « porcs », de « vers » ou de « moutons ». Il fit également interdire les associations végétariennes. Le mensonge concernant son prétendu végétarisme est né d’une volonté de propagande de Goebbels visant à donner une image d’ascétisme et de self-control au Fürher.

« Échos de l’Holocauste »
« Un jour, nos petits-enfants nous demanderont : où étais-tu pendant l’Holocauste des animaux ? Qu’as-tu fait contre ces crimes horribles ? Nous ne pourrons donner la même excuse une seconde fois, dire que nous ne savions pas. » Helmut Kaplan
La dernière partie est faite de témoignages de Juifs et d’Allemands ayant vécu, chacun à leur manière, la période de la Seconde guerre mondiale et ayant suffisamment ouvert leur esprit pour reconnaître leur souffrance dans la souffrance endurée par les animaux à cause des humains. La violence est la même, les mécanismes sont les mêmes, la souffrance est la même.

Mon avis : Ce livre est un must-read pour quiconque s’intéresse aux droits des animaux mais aussi à l’histoire ainsi qu’aux mécanismes de la violence.
En aucun cas, le parallèle entre les camps de concentration et les abattoirs ne vise à diminuer la portée des souffrances endurées par les Juifs et les autres victimes du Nazisme. Il s’agit de comprendre les mécanismes qui font qu’une personne lambda ira jusqu’à commettre des atrocités sur un autre être vivant, et même sur quelqu’un de la même espèce que lui (voire sur un enfant)…
Ce livre éclaire donc notre histoire passée et présente avec une autre perspective, à mon sens essentielle pour comprendre comment on peut arriver à des situations aussi extrêmes alors que la simple évocation de telles pratiques est rejetée en bloc par n’importe quel individu sain d’esprit. C’est bien connu, c’est en comprenant les erreurs du passé qu’on évite qu’elles se répètent et qu’on construit un meilleur futur.
D’autre part, le livre plaide clairement en faveur du respect de la vie animale et donc en faveur, entre autres, du végéta*isme. Isaac Bashevis Singer était lui-même un végétarien militant.
La notion de la loi du plus fort (might makes right) est dénoncée avec véhémence dans ce livre qui appelle à plus d’éthique et d’empathie envers « les autres », peu importe qui ils sont.

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7 commentaires

    • Possible.
      D’autant plus que l’accent est beaucoup plus mis sur le côté moral et philosophique de notre rapport aux animaux (même si j’ai vraiment eu l’impression de lire une livre d’histoire) que dans d’autres livres où on parle de façon plus pratique, économique, sanitaire… Et du coup, le risque de culpabilisation et de rejet est plus grand.

      On n’est pas tous sensibles aux mêmes types d’arguments où à la même façon de traiter le sujet… personnellement c’est Un éternel Treblinka qui m’a le plus marquée.

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  1. Bonjour, la loi du plus fort est une constante, parfois tolérée, admise ou revendiquée, parfois intolérable. Quels facteurs font la limite ? L’empathie du plus grand nombre est sélective et les justifications sont légion.
    A mon sens, le choc des comparaisons peut être bon, comme le fait Patterson.
    Élever le regard au plus vaste niveau d’observation permet de se dissocier des premières apparences.

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